Extinction Rebellion : vers les limites de la désobéissance civile ?

Extinction Rebellion : vers les limites de la désobéissance civile ?

Extinction Rebellion : vers les limites de la désobéissance civile ? 4032 2501 Membre de GDA

Ce samedi 12 octobre 2019, à l’aube, les membres d’extinction rébellion se rassemblent devant l’Assemblée nationale. En effet, aujourd’hui, c’est le dernier jour de la RIO. Ce terme tagué dans l’entièreté de Paris, qu’on entend scander au châtelet, c’est l’abréviation de rébellion internationale d’octobre.

La genèse de l’implantation parisienne.

Depuis lundi, les membres du mouvement bloquent une partie de la capitale dans un objectif de désobéissance civile se voulant non violent. Lors du réveil, la tension est palpable, d’un côté, les manifestants ont peur d’être délogés par la force, certains me confient même leur crainte de violence policière. Tous réunis, ils se remémorent les évènements de juin sur le pont de Sully.  De l’autre, les forces de l’ordre appréhendent les débordements.

Toutefois, c’est par vote à main levée que les membres de XR ont délibérément levé campement.

Aujourd’hui, nous nous rendons sur la place du Châtelet pour n’y trouver que des camions municipaux. Dans une atmosphère monotone, des hommes en combinaison blanche jettent les tentes et autres objets abandonnés par bloqueurs. Malgré leurs efforts de nettoyage, ont peut toujours y lire « ZAD » « Italy 2 » et bien sûr « Extinction Rébellion ».

Nous nous rendons alors place de la Concorde où nous tombons nez à nez avec un barrage de CRS. Le pont est rempli de manifestants. Seulement, ils n’y sont pas de leur plein gré. Il s’agit en fait des zadistes délogés de l’Assemblée nationale dans la matinée. Ils doivent passer un contrôle d’identité avant d’être relâchés.

Intervention des forces de l’ordre et de la municipalité sur le camp de Châtelet

Une nouvelle facette d’Extinction Rebéllion.

Les quais quant à eux sont toujours accessibles. C’est là que se trouve « l’archipel ». Dans un esprit complètement divergent s’est aussi établie Extinction Rébellion. L’ambiance est festive, des enfants nous distribuent des graines, des couples dansent et des femmes nous proposent une assiette gratuite de nourriture végane certifiée « sans souffrance animale ».

Surpris face à cette facette du mouvement que nous appréhendions pourtant comme anarchique il y a moins d’une heure, nous questionnons les participants.

Nous sommes interpellés par Martin et ses miches de pains disposés sur l’herbe. Membre actif du mouvement, il nous en explique les intentions. Les manifestations et les marches de protestation sont mal vues. Les organisateurs ont donc cherché un autre moyen d’action et c’est la désobéissance civile qui a été retenue.  Il nous expose ensuite les quatre revendications d’Extinction Rébellion : « La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet, la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025, grâce à une réduction de la consommation et une descente énergétique planifiée, l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant, la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable » (disponibles sur  le site https://extinctionrebellion.fr/) . Nous l’interrogeons alors sur son engagement envers XR. Martin est un ancien boulanger, mais au fur et à mesure de sa carrière il s’est questionné sur son utilité et son authenticité. Il se sentait comme un minuscule engrenage au sein d’un immense mécanisme qu’il lui était étranger. Chaque jour, il accomplissait la même tâche : il recevait sa farine, ne sachant pas d’où elle provenait et qui l’avait produite, et la transformait en pain. Même à l’échelle de son village il avait l’impression que son accomplissement était dépersonnalisé et déshumanisé. Alors, il est devenu producteur autonome, il crée lui-même ses ingrédients : farine, levure… pour en faire son pain. Ainsi, il sent donner du sens à son travail et n’a plus l’impression d’être aliéné à un système dont il ne voit ni le commencement ni la fin. De plus, il se sent plus proche de la nature qu’il respecte d’autant plus. Je lui demande alors si au-delà d’être un mouvement de désobéissance civile, Extinction Rébellion est un mouvement économique. Il me répond que non, c’est une désobéissance civile à laquelle se sont joints d’autres mouvements citoyens et économiques. Effectivement, Martin prône l’arrêt définitif d’utilisation des SDHI, un fongicide dont les effets sont très nocifs pour les écosystèmes. Il se rallie au mouvement « Nous voulons des coquelicots » fondé par le journaliste Fabrice Nicolino, auteur de Le Crime presque parfait et Nous Voulons des coquelicots, ouvrages alertant sur l’utilisation des pesticides.

Nous discutons aussi avec des membres de Animal Rebellion, une branche de XR, née en Angleterre. Leur but est de passer par la désobéissance civile pour instaurer un régime alimentaire végétal. Affiliés à la Loi de Rose, ils espèrent réduire considérablement la souffrance animale pour finalement l’abolir dans un futur proche.

Ce deuxième mouvement est une déclaration de droit des animaux né du sauvetage d’une poule nommée Rose dans un élevage biologique dont la maltraitance avait été prouvée. Leur site (https://www.roseslaw.org/fr) nous propose un court résumé de la déclaration : « La science nous apprend que la plupart des animaux autres qu’humains sont sentients, et la justice exige que tous les êtres sentients soient protégés de la tyrannie et de l’oppression. Durant ces derniers siècles, nous avons constamment élargi notre cercle de considération morale, mais nous constatons aujourd’hui que les animaux autres qu’humains ne sont pas protégés de manière adéquate par la loi. Nous vous demandons de soutenir une loi donnant à tous les animaux sentients : le droit d’être libres – de ne pas être la propriété d’autrui – ou d’avoir un tuteur agissant dans leurs meilleurs intérêts, le droit de ne pas être exploités, maltraités ou tués par des humain·e·s, le droit d’avoir leurs intérêts représentés devant une cour de justice et protégés par la loi, le droit à un foyer, un habitat ou un écosystème protégés, le droit d’être secourus en situation de détresse et d’exploitation. »

Le paradoxe d’une désobéissance civile à l’encadrement étatique.

En nous promenant sur les quais, nous avons remarqué qu’un certain nombre d’individus étaient revêtus de gilets de signalisation orange. Nous avons alors approché l’un d’entre eux. Lorsque nous avons interrogé la jeune femme en question sur son accoutrement, elle nous a expliqué faire partie des « peace keepers ». Leur rôle est de veiller, tout au long de la journée, au bon déroulement de l’évènement. Aucune violence, qu’elle soit verbale ou physique envers militants, passants ou force de l’ordre n’est toléré. Le mouvement se réclame comme étant pacifiste et donc non-violent. La jeune femme qui nous confesse être elle-même gilet jaune, ne veut pas être soumise à la même peinture que ceux-ci par les médias. Elle nous confie même que les organisateurs de XR refusent d’être affilés aux gilets jaunes. D’ailleurs, ces derniers ont critiqué la non-violence et les modes d’action du mouvement écologiste. Certains vont même jusqu’à crier au complot gouvernemental, accusant XR, la police et l’Etat d’être de mèches afin de décrédibiliser les gilets jaunes. Si cette suggestion semble être le fruit d’un complotisme de mauvais goût, elle n’est pas complètement fausse. Effectivement, malgré mes doutes face à l’implication étatique et le complot anti-gilets jaunes, les membres de XR, notamment les « peace keepers » et les organisateurs ont admis avoir été en communication avec les forces de l’ordre sans quoi ils n’auraient pu occuper la place du châtelet si longtemps.

Notons aussi que les contestations et les décrédibilisations se sont aussi développés au sein même de la communauté écologisite. Nombreux ont remis en question la non-violence prônée par XR qui selon les contestataires, ne fera jamais avancer la lutte écologiste. Toutefois, les membres d’Extinction Rébellion, accusent eux-mêmes les médias de chercher à les avilir notamment ceux les calomniant d’être plus un « festival » qu’une véritable action de désobéissance civile.

Enfin, nous rencontrons Thomas, étudiant en sciences de l’ingénieur, il tracte au côté des « peace keepers ». Nous lui demandons si, à la manière de Greta Thunberg, il a mis ses études de côté cette semaine pour se joindre au mouvement. Il nous avoue que non et cela pour des raisons de praticité, mais qu’il admire fortement l’adolescente et qu’il la rejoint dans ses propos. Comme elle, il est convaincu que les adultes ont « ruiné notre futur » et qu’ils doivent prendre leur responsabilité face à la jeunesse.

Encadrement des forces de l’ordre Place de la Concorde

Une défaite symptomatique de l’exctinction d’XR ?

Le mouvement Extinction Rébellion va-t-il véritablement jouer un rôle dans la lutte pour le climat ou demeurera-t-il l’une des nombreuses tentatives de changement ? C’est une question à laquelle nous ne pouvons donner réponse aujourd’hui mais le futur, proche j’espère, nous transmettra.

Asia Dayan, étudiante en Science politique à la Sorbonne.