Covid-19 : le retour de l’Etat-providence

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Cette crise du coronavirus, pandémie mondiale qui n’a sans nul doute d’égale dans l’histoire de l’homme, annoncée depuis des années par la Banque mondiale et le Giec, ne sera sûrement pas la dernière. Elle marque le début d’une nouvelle ère à laquelle le monde entier devra s’accoutumer et s’adapter. L’ampleur de cette crise, inédite pour nos sociétés modernes, s’explique notamment par la multiplication de nos échanges, aussi bien sociaux, culturels, qu’économiques, dans un monde toujours plus globalisé et interconnecté. Cette pandémie, qui frappe la majorité des pays du monde, est révélatrice de notre interdépendance et semble particulièrement s’acharner sur les grandes puissances (Chine, Europe, États-Unis) qui subissent les conséquences de leurs gestions de crises et des politiques antérieures.

La France n’est pas épargnée. Ainsi, déjà grandement affaiblit par plusieurs long mois d’une crise sociale, la France ne sortira pas indemne de cette nouvelle crise. Emmanuel Macron l’a annoncé, « le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant », et c’est peu de le dire. 

Cette crise des gilets-jaunes a considérablement fragilisé l’économie du pays – déjà bien ternie par une succession de mesures témoignant du retrait de l’implication de la puissance publique – et a entérinée la fracture sociale sous-jacente entre une France des gilets-jaunes et celle des « privilégiés ».

Toutefois, la crise du Covid-19 voit s’opérer un renversement de situation : le gouvernement n’est plus le « problème », mais la « solution ». L’Etat occupe dorénavant un rôle central dans la lutte contre l’épidémie. On le sollicite dans tous ses rôles : celui d’opérateur, de régulateur, de protecteur, dans sa responsabilité de prise de décision, sa responsabilité budgétaire et dans ses capacités d’actions. Contraint, par la force des choses, à prendre un tournant radical dans sa ligne directrice de désengagement des politiques publiques au profit d’une politique nouvelle, datant pourtant d’un ancien temps. Mais toujours faut-il qu’il ait la solution. Car dans un scénario où la crise s’éternise et que le gouvernement ne parvient pas à démontrer son efficacité, l’Etat pourrait, au contraire, s’affaiblir, et le consensus démocratique avec lui, au profit des rhétoriques populistes et nationalistes. 

Jusqu’à présent, la solution aux différentes crises se trouvait dans la manne monétaire des banques centrales qui, à coût de taux d’intérêt, pouvait réguler le marché. Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, elles ne peuvent immuniser les humains. Ici, le problème vient de l’économie réelle et ne peut être résolu par la seule politique monétaire. La santé de chacun dépend de la santé de tous, étant des êtres de relations interdépendants contrairement à la tendance individualiste qui se dégageait des politiques néo-libéralisme et capitaliste. Cependant, la succession de mesure assassines des services publics, notamment des hôpitaux avec la loi HSPT (la loi de modernisation du système de santé) de Madame Marisol Touraine promulguée en janvier 2016, amputant pas moins d’1 milliard d’euros sur les dépenses publiques pour l’hôpital, n’ont fait que fragiliser encore plus nos services publics qui sont, aujourd’hui, la solution à cette crise. Depuis vingt ans, les réformes imposées aux services publics furent donc nombreuses, les dépeçant de leurs effectifs et démantelant leur organisation et leurs missions à coup de fusions de services, de mutualisations de moyens, de lois de décentralisation. Organisant le transfert des missions de l’État vers des collectivités territoriales aux comptes de plus en plus fragiles. Tous les secteurs publics ont été touchés, la santé publique n’a pas été épargnée. De manière plus fondamentale, celle-ci reflète la perte d’une culture du stock au bénéfice d’une culture du flux. 

Il l’avait annoncé : le gouvernement soutiendra les entreprises et les salariés « quoi qu’il en coûte ». L’Etat prévoit pour sauver son peuple de cette crise du Covid-19 des plans d’aides massifs pour soutenir les entreprises et les particuliers en tentant par la même occasion de retrouver son indépendance, qui fût jadis, avec notamment un retour souhaité aux chaînes de valeurs industrielles régionales au profit de la souveraineté des États. Alors voilà, s’il est possible de savoir combien va coûter cet indéfectible soutient, le plan de relance annoncé s’élevant actuellement à 100 milliards d’euros, qu’en sera-t-il de l’impalpable ? Des séquelles psychologiques, morales, sociales et culturelles que des mois de confinement, la perte de proches ou encore de son emploi nous aurons infligé. Des inégalités sociales exacerbées et exhibées aux yeux de tous qui ne laissent plus place à l’indifférence. 

Assisterons-nous au retour d’un Etat avec de « vrais » moyens ? Le retour à sa compétence initiale ? Un Etat fort qui protège ses citoyens, une « unité de survie » selon le sociologue Norbert Elias. Une chose est sûre, cette crise marque les prémices du nouveau-monde qui n’a pas fini d’être global et met en jeu la responsabilité de l’Etat qui n’aura pas d’autres choix que d’être au rendez-vous de l’Histoire.

Eva Elouad

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