David et Goliath : L’Union européenne face au Covid-19

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Il est indéniable que la crise du covid-19 va jouer un rôle majeur dans l’écriture de l’histoire future de l’Union européenne. Sorte d’élément déclencheur, d’électrochoc, ce dernier est en effet propice à la réflexion. C’est, à mon sens, peut-être la dernière chance, si l’on peut oser l’expression, laissée à cette organisation sui generis pour se réinventer, ou, le cas contraire, périr.

En effet, il me semble judicieux de parler de prise de conscience. Que l’on soit européiste ou eurosceptique, cette crise sanitaire lève un voile d’ignorance, nous obligeant à faire face au paradoxe de nos sociétés. Elle met en lumière la petitesse de nos nations européennes, tant sur le plan démographique qu’économique, dans un monde globalisé. Finalement, qu’est-ce que l’Allemagne ou la France face à la Chine ou aux États-Unis ? Pourtant il s’agit là respectivement de la quatrième et de la sixième puissance économique mondiale. Mais l’écart est flagrant, en ce sens que les inégalités n’ont cessé de se creuser avec les règles du commerce international. La situation en devient d’autant plus pertinente et alarmante quand il s’agit de faire face à des problèmes transnationaux. L’urgence environnementale nous a par exemple avertis à maintes reprises de la nécessité de faire corps pour survivre. Néanmoins, la situation n’étant pas imminente, et je veux dire par là pour nous autres européens et non pour nous autres humains, nous n’avons pas pris conscience de cette nécessité d’agir par le biais d’un renforcement d’une coopération proposant des mesures concrètes et effectives. Peut-être que notre instinct de survie ne se trouve pas stimulé quand la menace semble lointaine, non pas chronologiquement mais géographiquement.

Toutefois, le coronavirus a apporté cette prise de conscience et ce de façon violente, en emportant autour de nous les âmes par dizaines de milliers. Alors bien sûr, coopération ou non, le virus aurait sévi. Mais les conséquences, elles, auraient pu être atténuées par une gestion de crise davantage collective qu’individuelle. Si la santé était une compétence exclusive de l’Union européenne et non régalienne des États, tout serait allé plus vite dans cette guerre : des lits, des respirateurs, des masques, un soutien aux aides soignant et médecins, une aide économique pour les entreprises… Car comme le disent si bien nos amis bulgares, à travers leur devise nationale, l’union fait la force.

Cette phrase peut paraître de prime à bord être un lieu commun. Mais il est peut-être parfois bon de rappeler justement des lieux communs. Car l’Union européenne est bel et bien la deuxième puissance économique mondiale. Elle nous a aussi amené 70 ans de paix sur un territoire de guerre, un développement économique, des institutions garantes de nos droits et assurant un fonctionnement politique, un programme d’échange universitaire, un marché commun, une monnaie forte nous protégeant de l’inflation. De façon plus pragmatique, à l’échelle macro, l’Union européenne nous a offert une crédibilité sur la scène internationale et une image de marque. De même, elle protège nos droits en tant que citoyen européen à l’étranger. En interne, elle nous offre des droits sociaux au-dessus de la moyenne mondiale grâce à la garantie de conditions minimales protégeant la sécurité des travailleurs par exemple. En outre, les crédits du Fonds Social Européen sont dédiés à la promotion de l’emploi et de l’inclusion sociale. Il y a aussi la carte d’assurance maladie européenne ou encore le Fonds européen d’aide aux plus démunis, censé permettre à 20 millions de personnes de sortir de la pauvreté en 7 ans.

La majorité des domaines régaliens par essence, à part le monétaire, et encore, restent entre les mains des États quand il est question de décider et d’agir.

Toutefois, l’Union européenne est toujours en cours de construction et est fortement critiquée. Il n’est pas anodin d’entendre « l’Europe coûte chère », « l’Europe n’est pas démocratique », « l’Europe n’est qu’une organisation technocrate desservant nos intérêts nationaux» ou encore « l’euro est une monnaie allemande qui nuit à nos intérêts ». Elle est, bien sûr, parfois critiquée à tort. Par exemple, dire que l’Union européenne n’est pas démocratique est une aberration pour quiconque maitrisant le droit européen et connaissant les réalités du système. Qui plus est, la majorité des domaines régaliens par essence, à part le monétaire, et encore, restent entre les mains des États quand il est question de décider et d’agir. Néanmoins, il est aussi certain que des éléments fonctionnent mal. Elle est certainement davantage économique que sociale ou politique. De même, sa solidarité peut parfois laisser à désirer, comme avec le Règlement Dublin III, qui a transformé les pays côtiers de la Méditerranée en véritables garde-frontières et créé un malaise. Il y a certes l’Europe sociale mais aussi l’Europe des fractures : fracture entre l’Ouest et l’Est, accusant des niveaux de développements différents,

mais aussi entre les États, les régions, les villes et entre le monde rural et urbain. En outre, toutes ces critiques, biens évidemment non exhaustives, vont être amenées à se renforcer dans le contexte post covid-19. Avec la remise en question éventuelle du libéralisme économique et de la mondialisation, à quoi bon conserver l’Union européenne ? Il est vrai, qu’est-ce qu’elle apportera si les Français par exemple décident de consommer français suite à la prise de conscience ? Pourquoi avoir un marché commun quand on préfère consommer local et appliquer la préférence nationale concernant l’embauche? Cette remise en question met l’Europe en danger et trouve un écho dans les voix nationalistes ou populistes qui ne cessent de croître en Europe mais aussi à travers le monde.

L’Union européenne s’est toujours construite autour de crises et est de ce fait souvent comparée à un match de rugby : deux pas en avant, et un pas en arrière. La crise du covid-19 a entrainé deux prises de conscience possibles. Plus que jamais, faut-il une Europe davantage fédérale pour pouvoir continuer à peser sur la scène internationale et combattre les grands défis transnationaux ? Ou bien ne faut-il plus d’Europe du tout ? Ce débat entre européiste et eurosceptique n’est pas nouveau, certes, mais je pense qu’il arrivera à son paroxysme dans le contexte post crise et qu’il faudra trancher. Néanmoins, pour ma part, il y a une troisième voie possible. Celle de mettre fin à un manichéisme aveugle entre ces deux parties. Certes, l’Europe offre pléthore d’avantages mais rencontre aussi nombre de difficultés. Pourquoi les nier ? Ne serait-il pas possible de les évoquer tout simplement autour d’un débat construit et argumenté? Il n’en reste pas moins que dans cette démarche, c’est à l’Union de faire le premier pas, en commençant par offrir à ses citoyens la possibilité d’en comprendre sa complexité.

De même, soyons prudents et patients : les changements radicaux peuvent être si violents, comme en témoigne l’Histoire. Un jour la paix, puis l’autre la guerre. Soyons comme David face à Goliath faisant preuve de ruse pour vaincre son ennemi en lui tirant dans l’œil. Élevons-nous par la grandeur d’une volonté de coopération, faisons preuve d’intelligence après cette prise de conscience ultime laissant percevoir une autre réalité et nous surmonterons ainsi avec la plus grande efficacité les immenses défis auxquels nous devons faire face. J’ai l’intime conviction que nous pouvons construire une Europe plus juste et efficiente, tant pour ses États que pour ses citoyens, si nous saisissons l’opportunité qui s’offre à nous. Sinon, nous nous orienterons vers un avenir sans Union européenne, peut-être meilleur, mais ô combien incertain.

Mathurin BIARD
Etudiant de deuxième année en Relations internationales

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