Engagement citoyen

Engagement citoyen

Engagement citoyen 1350 759 Génération d'Avenir

La langue française, forte de sa richesse et des grandes figures l’ayant pétrie, peut connaître certaines zones troubles où elle se voit, malgré elle, « victime » de la polysémie de certains mots. Un travail de définition semble être donc inévitable. Le premier terme aide très peu, car l’engagement est d’abord et surtout explicable au sens large. Il est également omniprésent dans la vie de chaque personne : sur un passage piéton ou sur une voie, dans des études supérieures, dans une formation professionnelle, dans une relation amicale… « S’engager » nécessite un acte de volonté, plus ou moins ambitieux, tout simplement.

Qu’en est-il à présent du terme « citoyen » ? Car tantôt il veut tout dire, tantôt il n’est que coquille vide. Tantôt son obtention constitue le droit « fondamental » d’une personne sur le territoire national, tantôt à la suite de celle-ci va découler des devoirs.   

Cette forme difficile à saisir est très certainement explicable : la citoyenneté revêt des contours multiformes. Être citoyen, est-ce simplement voter ou est-ce aussi s’intéresser à la vie publique de la cité ? À sa marche ? À ses rouages ? Est-ce un terme indissociable du sentiment d’appartenance nationale ou par opposition est-ce un critère « automatique » et « neutre » touchant chaque personne du pays indépendamment de son engagement envers la res publica ? 

En d’autres termes, on ne peut employer le terme « citoyen » sans tenir rigueur des  nombreuses façons de percevoir ce concept. Pour ce faire, prétendre à trouver des solutions innovantes pour bâtir un engagement citoyen nouveau et meilleur ne peut se faire sans une pensée claire et des termes bien utilisés. Ce fil d’Ariane, indispensable et cohérent, doit procéder d’une forte conviction.

Cette conviction est simple : les critères de la citoyenneté, énumérés ci-dessus, doivent fondre et se lier pour forger un lien efficace entre l’Homme et l’Etat-Nation. Et ce lien, c’est le citoyen.

 

Le citoyen est le résultat d’un assemblage de principes enchevêtrés : premièrement, il faut appréhender le souci d’une bonne marche de la société civile, une sorte de quête du bien commun. Deuxièmement, un respect de la loi est envisageable car celui-ci assure sécurité et justice. Enfin, une défense des idéaux démocratiques créée une cause commune à atteindre et des valeurs supérieures. Et dans une ère si neuve et si impétueuse où toutes structures changent au rythme d’évolutions effrénées, l’Etat peine à tenir sa place de « première des personnes morales », si il convient de le dire ainsi, et se détache peu à peu de sa mère spirituelle : la Nation. 

Pourtant, nous sommes le fruit d’un contrat social, qui a crée la seule entité au service de l’intérêt général, de sa bonne marche, de sa sécurité et de son administration. 

Pourtant, l’Histoire a brutalement enseigné à l’Homme la gravité d’une situation dans laquelle certains individus détournaient cette mission en faisant de la res publica une machine terrifiante aux dents longues, incontrôlable quand la personne à sa tête l’est aussi : ce sont principalement les spectres de la tyrannie, de la démagogie et de la manipulation de masse.  

La construction démocratique française donne donc au peuple un certain pouvoir, mais ce n’est somme toute qu’un devoir : nous sommes les gardiens de ce Leviathan et nous sommes responsable de sa santé. La tâche qui nous incombe est grande et rude. Le seul moyen de bien entreprendre cette haute mission est d’embrasser l’exercice de la citoyenneté. 

Les acteurs de la vie publique, les techniciens à la tête de notre Etat ont un rôle seulement passager, temporaire, tandis que l’entité supérieure du Peuple est éternelle, immatérielle. Il faut protéger l’unique structure capable de fédérer des milliards d’êtres humains. C’est une charge lourde mais inévitable, floue mais palpable, elle repose sur la volonté d’un groupement de personnes.

Le vote est, par conséquent, un outil primordial. Mais un votant ignorant vaut bien moins qu’un abstentionniste lucide. Une pratique intelligente de recherche d’interêt général est l’unique façon d’user convenablement de cette prérogative si chère à notre république.

En plus du vote, les sentiments d’appartenance nationale et de solidarité collective sont décisifs dans le passage d’un français à un citoyen français. Renan le disait en substance : c’est l’émotion liée aux sacrifices qu’on a fait, et à ceux qu’on est destiné à faire encore. 

Le peuple doit donc récupérer sa mission première qu’on lui a arraché : Gardien d’une Nation, non pas instrument d’une force politique.

En pratique, le constat est moins lyrique : L’abstention chez les jeunes aux élections reste importante. L’engagement dans des associations « citoyennes » est difficilement égalitaire, un peu trop réservé aux étudiants. Un sentiment de lassitude se fait sentir chez certains, et une question se pose : une voix est-elle réellement donnée à la jeunesse, et lato sensu à un peuple ?  Un bulletin dans une urne est ridicule aux côtés des millions d’autres. De plus, les autres spectres se réveillent : corruption, détournement d’argent publique, fraude fiscale, et caetera. Les scandales médiatiques d’hommes politiques pleuvent, au détriment de la construction si aboutie dans laquelle nous nous trouvons.

Mais il faut en tirer leçon ainsi : il suffit d’oser se faire entendre pour avoir son mot à dire. Les associations de jeunesse, quelque soient leurs activités, ne sont ni assez sollicitées, ni assez accessibles. Le parcours citoyen actuel impose notamment l’Enseignement moral et civique et la Journée d’appel à la défense : est-ce assez ? Est-ce épanouissant ? La jeunesse est ici visée car elle est l’avenir de l’engagement national. Des activités bien choisies et intelligentes permettraient une meilleure connaissance de la puissance publique, donc un meilleur contrôle des dirigeants de celle-ci, dans une optique continue d’intérêt général. 

En définitive, cette brève réflexion s’achèvera sur une autre : Ne faut-il pas étendre cette citoyenneté purement française à deux autres : la citoyenneté communautaire (européenne) et la citoyenneté mondiale ?

Omry Lachkar