Jeunesse et politiques: le désamour

Jeunesse et politiques: le désamour

Jeunesse et politiques: le désamour 980 426 Membre de GDA

Jeudi 25 avril dernier, Emmanuel Macron a présenté un ensemble de mesures, d’« orientations », pour sortir de la crise « des Gilets Jaunes ». Ces mesures, peu importe ce que l’on en pense, met en lumière un symptôme récurrent des différentes politiques publiques récentes en France : la jeunesse est encore et toujours la grande oubliée de l’action du gouvernement.

En effet, pas une seule mesure qui irait ne serait-ce qu’un peu dans le sens des jeunes générations et, à l’inverse, de nouvelles mesures en faveur du pouvoir d’achat des retraités. Parmi l’ensemble de mesures annoncées, l’une d’elles a retenu mon attention plus que les autres : la ré-indexation des retraites inférieures à 2000€ sur l’inflation.

Emmanuel Macron fait un pas conséquent en direction des seniors, mais est-ce vraiment justifié ?

Statistiquement, non. En effet, aujourd’hui en France, l’INSEE estime à environ 8% la part des retraités vivant en situation de pauvreté en France, alors que ce chiffre atteint 20% chez les moins de 29 ans. De plus, toujours selon l’INSEE, le revenu moyen d’un français de moins de 29 ans est d’environ 21,000€ contre plus de 25,000€ en moyenne pour les plus de65 ans. En réalité, les plus de 60 ans forment la catégorie d’âge la mieux lotie économiquement en France, alors qu’à l’inverse, la jeunesse est la génération française vivant dans la plus grande précarité.

Ces écarts de revenus et de situations économiques intergénérationnels s’expliquent en grande partie par le fait que les générations qui sont aujourd’hui à la retraite font partie des générations qui ont pu profiter des « 30 Glorieuses », les années de loin les plus fastes de toute l’histoire de l’économie française : le taux de croissance annuel moyen dépasse les 5% pour la période 1946-1975, alors qu’il atteint difficilement les 2% aujourd’hui. Cette croissance économique dynamique a permis à nos retraités actuels d’établir une retraite solide et même souvent de devenir propriétaire à moindre frais. À l’inverse, les perspectives sont telles pour la jeunesse française d’aujourd’hui, qu’elle a acquis le doux surnom de « génération du déclassement ». 

Alors, comment expliquer qu’Emmanuel Macron donne plus à ceux qui ont déjà plus et ne donnent pas à ceux qui ont moins ?

Une grande partie de la réponse à cette question se trouve dans l’implication politique des différentes générations.

Si les retraités sont aussi bien traités, c’est parce qu’ils ont un poids politique que les jeunes n’ont pas. En effet, aux élections législatives de 2017 par exemple, les 18-24 ans se sont abstenus à hauteur de 74% alors que seulement une quarantaine de pourcent des plus de 60 ans n’est pas allée voter. Si les retraités sont aussibien traités, c’est en grande partie parce qu’ils votent. Les jeunes générations ne se donnent pas la capacité de peser sur les décisions gouvernementales car elles ne vont pas voter et perdent ainsi leur poids politique légitime.

Nous, les jeunes, sommes la nouvelle Grande Muette, ce grand ensemble qui pense et pourrait peser auquel on ne donne pas la parole, mais qui ne la saisit pas non plus. Fort heureusement, il nous reste encore des moyens d’expression. Une participation accrue aux élections telles que les législatives, la présidentielle, ou encore les européennes à venir, est le premier pas vers une politique par les jeunes, pour les jeunes. Il est temps pour les enfants oubliés de la République, les Smerdiakov modernes, d’arrêter de souffrir en silence, de se manifester, et de se débarrasser du père de tous leurs malheurs, ces politiques économiques et sociales qui les négligent.

Andréas Bonnet, étudiant au King’s College de Londres