La discrimination des genres à l’école : en marche vers un modèle républicain ?

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« L’égalité entre les femmes et les hommes est une grande cause nationale du quinquennat ». Voilà ce qu’on peut lire sur le site officiel de l’Éducation nationale, suivi « du plan d’action » étatique pour lutter contre le sexisme à l’école en 2018. Et pourtant ce qu’on pouvait lire sur tous les tabloïds de la rentrée scolaire 2020 était le #14septembre, un vaste mouvement spontané en opposition à la « tenue républicaine » que Jean Michel Blanquer définissait ainsi sur RTL le 21 octobre 2020 : « chacun peut comprendre qu’on vient à l’école habillé d’une façon républicaine, c’est-à-dire qui permet une plus grande égalité entre tous et de ne pas se différencier par les vêtements ». Le paradoxe semble clair : jamais l’État ne s’est autant exprimé sur le sujet des discriminations sexuelles et pourtant les jeunes filles (et certains jeunes hommes, soyons honnêtes) ne se sont jamais autant révoltés contre le sexisme ordinaire à l’école. 

Cette problématique est grave car elle a de profondes racines.

Le scandale des crop tops n’est pas le sujet en soi, il met en lumière un très profond malaise sur un sujet très grave : les jeunes filles ne se sentent pas libres à l’école. En effet, dès les premiers pas à l’école, certaines subissent déjà leurs premières discriminations et attouchements. Ce qui, pour certains ne sont que d’innocents « chat fesses » non sexués, se transforment très vite en caresses forcées et attouchements sexuels ( 7,6% des collégiennes, selon la DEPP en 2017).

Par ailleurs, la multiplication des discriminations sur le plan purement scolaire se rapporte à une éducation des genres/sexes qui crée une ségrégation entre filles et garçons. Le fait que 80% des collégiens punis soient des garçons relève d’une éducation aux valeurs clairement distinctes selon le sexe de l’élève. Ce n’est pas pour rien qu’à notes égales, les bulletins scolaires tendent à évoquer «les efforts» ou «le travail» d’une fille, mais estiment que le garçon «est en-dessous de ses capacités», notamment en maths et en sciences. Si pour certains cela se justifie parce qu’un garçon doit « être élevé à la dure » et que c’est typique d’une fille qu’elle soit « attentive », ces chiffres sont pourtant révélateurs d’une réelle distinction des sexes et non des personnes.

Rappelons tout de même qu’en France, le droit à l’instruction des filles date de 1880 dans des « écoles pour filles ». La coéducation avec les garçons ne s’est mise en place seulement pendant les années 1960 et fut enfin rendue obligatoire par la loi Haby de 1975. Aujourd’hui, la mixité scolaire est une réalité un peu partout en Europe. Finalement au regard des textes de loi, les jeunes filles ont les mêmes droits scolaires que les jeunes hommes. Et pourtant, quand on franchit le portail d’une école, on s’aperçoit très vite que la jeune fille reçoit la même formation sédentaire qu’il y a deux siècles. 

L’école devient un lieu de reproduction de mentalités viciées de société.

Un problème à plusieurs échelles

La socialisation différenciée des filles et des garçons donne naissance à des stéréotypes sur l’éducation des enfants. Ces stéréotypes sont largement partagés par les parents, les professionnels de la petite enfance et par la société en général.

L’école joue un rôle central pour construire une culture et une société de l’égalité fille-garçon. Et pourtant celle-ci est un véritable berceau de discriminations. Les stéréotypes persistent encore trop dans l’enseignement. Le réel problème n’est pas le fait que certaines personnes soient sexistes, mais c’est qu’ils ne s’en cachent pas. Alors les stéréotypes de sexe influencent de nombreux domaines majeurs : les pratiques pédagogiques, les évaluations scolaires, les interactions avec les enseignants, les sanctions, les orientations des filles et des garçons. C’est un réel frein vers l’égalité homme-femme. Élever des élèves dans un pays libre et démocratique avec la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » a tout de même pour vocation de créer des générations de plus en plus fraternelles où les inégalités et les discriminations n’existeraient plus.Le sexisme enseigne l’égalité? 

Néanmoins, il reste certain que les premiers codes aux principes et aux valeurs viennent de la famille. Le sexisme ordinaire est d’abord inculqué à la maison, avant de l’être à l’école ou dans la rue. Ce sont bien souvent les parents qui, de manière inconsciente, diffusent la plupart des stéréotypes de genre dans l’esprit de leur enfant : « la danse c’est pour les filles », « les garçons ne pleurent pas ». Ils créent une distinction de sexe, comme« le rose et le bleu » qui est, pour la plupart, inconsciente. La famille a le rôle principal du bon développement de l’enfant ainsi qu’à sa « formation à l’amour de soi et à l’amour de l’égalité ». Dans notre société où le temps ne cesse de manquer, on perd du temps pour échanger avec les enfants, souvent mis à part, on ne suit donc pas leur développement. Aussi, beaucoup de parents d’élèves attendent de l’École nationale qu’elle éduque leurs enfants à des sujets qui devraient être traités par la famille. On assiste à une confusion du rôle de l’école ainsi qu’à une participation des familles dans la transmission de pensées sexistes et discriminatoires.

Des solutions, mais pas toujours efficaces

Déclarée « grande cause du quinquennat » par le Président de la République en 2018, l’égalité entre les femmes et les hommes devait mobiliser l’ensemble des acteurs étatiques afin de s’inscrire dans une stratégie « ambitieuse » et ainsi donner naissance à des actes forts. Ces solutions manquent pourtant manifestement d’efficacité. 

L’école est donc bien un lieu de reproduction de mentalités viciées de société. Les discriminations persistent majoritairement par les directives nationales qui ne savent pas bien s’adapter à la situation,  mais aussi de l’environnement familial de l’enfant, qui a elle aussi grandit dans un bain de discriminations. On assiste donc à un cercle vicieux de problèmes sociaux. Pourtant des solutions ont été mise en place. En effet le Président Emmanuel Macron a déclaré l’Égalité entre les femmes et les hommes “grande cause nationale” du quinquennat. Le comité interministériel du 8 mars 2018 a définitrois mesures clés pour transmettre et diffuser la culture de l’égalité. L’objectif est d’agir auprès de la communauté éducative, d’agir auprès des parents, et d’agir auprès des élèves. Beaucoup d’outils ont été créés comme support pédagogique. 

Pour la communauté éducative, a été pensé : la présence d’un « Référent Égalité » dans chaque établissement scolaire, une formation de l’ensemble de la communauté éducative à la déconstruction des préjugés et à la prévention du harcèlement et des violences sexistes et sexuelles.

Pour les parents d’élèves ont été pensé: la mise à disposition d’outils relatifs à l’égalité fille-garçon, la « Mallette des parents » (un guide contre le cyber-harcelement à retrouver en ligne sur internet).

Et instaurer la parité dans les instances représentatives pour les élèves en :  promouvant la mixité des filières et des métiers, en se fixant des objectifs chiffrés par filière et en utilisant le stage d’orientation de 3ème pour faire découvrir des filières peu mixtes.

Si Emmanuel Macron nous présentait une merveilleuse liste des résolutions pour l’Égalité entre les femmes et les hommes au sein des écoles républicaines en 2018, on peut s’accorder sur le fait qu’elle est aussi efficace que celle des résolutions du nouvel an. Depuis la parution de la liste, on ne sait pas si le Président nous lance un « cache cache sexisme à l’école » ou un « mais où est l’égalité ». Tous ces supports n’ont pas de caractères obligatoires. On peut donc se questionner sur leurs réelles efficacités. Prenons en compte que tous les foyers de France n’ont pas accès au numérique. De même, reconnaissons que la crise du Covid-19, reine de l’actualité, fait de l’ombre à la discrimination sexiste dans le rang des classes, bien qu’elle soit révélatrice des disparités en France.

En ce qui concerne le corps professoral,  a été mis en place une égalité dans les contenus d’enseignement. Selon le site internet éducation.gouv , les nouveaux contenus d’enseignement –  le socle commun de connaissancesde compétences et de culture mais aussi les programmes d’enseignement moral et civique ou encore les quatre parcours éducatifs de l’élève (parcours citoyen, parcours d’éducation artistique et culturelle, parcours éducatif de santé, parcours Avenir) – « identifient précisément le respect de l’autre sexe et le refus des stéréotypes parmi les compétences sociales et civiques que tout élève doit acquérir. »

Une fois encore on ne retrouve que très peu ces réformes dans les établissements.

Si les dispositifs du gouvernement ont jusqu’ici échoué, seules les volontés individuelles et collectives ont pour le moment montré leurs preuves. Les réseaux sociaux, bijoux du XXIème siècle, s’avèrent être la solution numéro une contre les inégalités dans le monde. Que l’on soit lanceur d’alerte, membre d’Anonymous, témoin de crime ou victime d’inégalité, les réseaux sociaux permettent l’appel à la solidarité, au partage, à la création de mouvement, etc. C’est le cas de #MeToo, de #balancetonporc, le collectif Nous Toutes, le mouvement récent #14septembre et bien d’autres encore. Ce sont eux les héros de ces causes, ce sont eux qui apportent des solutions aux problèmes. Grâce à eux nous avons tous la parole, grâce à eux nous nous sentons citoyens et citoyennes d’une réelle démocratie. Car ils permettent de remonter les échelles du pouvoir et d’ainsi réellement discuter de problèmes auxquels nous sommes confrontés, nous citoyens, ou plutôt nous instagrameurs et twittos. Car la République, aujourd’hui, ne répond pas aux problèmes sociaux en France. 

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