La gestion de la crise du Covid-19 par le gouvernement

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« Ce qui est pire c’est qu’on se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer à faire ce qu’on a fait la veille et depuis déjà tellement longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n’aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l’accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent… »

En lisant ces paroles de Céline dans Voyage au bout de la nuit, le mois dernier, il était impensable qu’elles prennent vie quelques jours plus tard. Pourtant le covid-19 nous asphyxie désormais dans cet horizon prosaïque, gangréné et amer.

« L’homme est un roseau pensant » écrivait Pascal. L’Homme est aujourd’hui faible, terrorisé et soumis à une nature incertaine. Mais la France est inusable, résistante et résolue à combattre l’infection. 

Face à cette cavalcade insolite, l’exécutif a semblé dépassé par les évènements. Porter un jugement critique sur la gestion de cette crise est donc difficilement envisageable tant les circonstances sont exceptionnelles. Certains préféreront la clémence, là où d’autres réclameront des explications.

Néanmoins, s’il est rationnel de considérer le caractère inédit de cette crise, qui a pris de court les dirigeants, Emmanuel Macron et ses pairs ont toutefois fait preuve de faiblesse, mettant en exergue les premières lacunes d’une gestion de crise blâmable à plusieurs niveaux. 

Résultat d’un manque de transparence dans les diverses allocutions médiatiques, le gouvernement s’est montré défaillant à de nombreuses reprises. Maintien des élections, question des masques, gestion des stocks, chloroquine… Les dirigeants politiques se sont révélés flous et frêles sur ces dossiers. 

C’était il y a un maintenant 1 mois et demi, en plein début de crise du covid-19, Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, quittait le navire pour incarner la nouvelle figure de LREM aux élections municipales à Paris. Malgré ses déclarations du 24 janvier selon lesquelles le risque était nul, Le Monde affirmera le 17 mars 2020 que cette dernière avait alerté l’exécutif de la gravité de la pandémie de covid-19 dès le 11 janvier.

Pourtant, sans tirer conséquence du risque d’épidémie porté à sa connaissance, le gouvernement a pris la décision de maintenir les élections. Certains médecins avaient appelé les électeurs à s’abstenir, à l’image de Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui déclarait dans Libération « Ne pas aller voter est un acte civique ». Toutefois, le Conseil scientifique a donné son accord pour maintenir le suffrage[1]. Dès lors, si la responsabilité du Conseil n’est pas à exclure, celle de l’opposition, en revanche, peut difficilement être retenue. Même si les ténors de l’Assemblée nationale auraient, semble-t-il, fait pression pour maintenir les élections, il n’en demeure pas moins vrai que le gouvernement a pris cette décision en tout état de cause. Si certains auraient crié à la dictature en cas de choix solitaire du gouvernement, il semble léger de rejeter la responsabilité des élections sur l’opposition, qui ne s’est pas montrée exemplaire pour autant.

Le 15 mars s’est donc tenu le premier tour des élections municipales dans la tranquillité générale, tandis que 24h plus tard, le Président de la République annonçait au journal de 20 heures « Nous sommes en guerre ». Inéluctablement, cette déclaration intervenue un jour après le scrutin a laissé perplexe. En outre, certains bureaux de votes n’ont pas respecté les consignes sanitaires décrétées[2], contribuant in extenso à la propagation du virus. En prime, les résultats des élections ont été faussés et, dans la plupart des communes, tout est à refaire…

La deuxième crise s’est quant à elle fait ressentir à travers la problématique du matériel de santé et plus particulièrement des masques. Tandis que la secrétaire d’Etat Sibeth Ndiaye indiquait récemment la futilité de ces derniers pour les personnes non-contaminées (hors médecins), l’Académie de Médecine a préconisé un port obligatoire de masque anti-projections par le grand public[3]. Preuve en est, le gouvernement les a récemment déclarés obligatoires à la fin du confinement. Ce discours incertain, tenu par l’exécutif, a une nouvelle fois prouvé une gestion critiquable de la crise du covid-19. Bruno Retailleau rappelait d’ailleurs le 24 avril 2020 « Si l’Etat n’est pas prêt, qu’il se taise ». 

Le bilan du nombre de masques à disposition des soignants est lui aussi déplorable. Hervé Boissin, membre du Conseil national de l’ordre des médecins, dénonçait récemment le manque de moyens pour le personnel soignant. Néanmoins, accuser l’exécutif d’une telle pénurie ne serait pas légitime. Les gouvernements précédents ont eux aussi leur part de responsabilité dans la gestion du stock. Force est de constater, cependant, que les commandes passées n’arrivent jamais à la bonne adresse. 

Médecins, infirmier(e)s, pharmacien(ne)s, ces blouses blanches, bleues et roses, ces anges, ces femmes et ces hommes au cœur brave méritent sans aucun doute les plus généreux des applaudissements. Néanmoins, ces derniers ne feront sens que s’ils mènent à une véritable prise de conscience de la population quant aux conditions de l’hôpital public. La France est en retard par rapport à l’Allemagne et elle en paye aujourd’hui les conséquences. S’il est inconcevable de creuser les dépenses publiques dans tous les secteurs, la santé demeure une priorité pourtant ignorée par les gouvernements précédents.

L’absence de cohérence du gouvernement s’est enfin illustrée par sa position vis-à-vis de la chloroquine. « Macron et le gouvernement devra rendre des comptes » titrait Mediapart.

La négligence et le mépris de ces derniers vis-à-vis du traitement les ont rendus prisonniers d’un possible futur scandale politique. Pour l’instant, à l’heure où j’écris ces lignes, aucune trace scientifique n’a prouvé la réussite de la chloroquine dont les essais thérapeutiques sont toujours en cours. Toutefois, le traitement est désormais suivi de près par l’exécutif qui l’a pourtant désavoué à maintes reprises au cours de la crise. L’iconoclaste Didier Raoult suscite toujours autant les convoitises. Il est l’homme dont tout le monde parle. La polémique enfle toujours et certains proches de LREM, à l’image du roi de l’époque Didier Cohn-Bendit, n’hésitent pas à injurier le scientifique renommé. Le Figaro titrait d’ailleurs « Injures de Cohn-Bendit contre le Pr Raoult : le mépris et l’intolérance du gauchisme culturel »[4].

Ce feuilleton est long, et loin d’être terminé. Si les autorités ont inévitablement été dépassées par les événements, une position claire et des paroles strictes ont manqué, dans une nature soumise au règne inconditionnel de l’individualisme…

Péguy disait « l’ordre, c’est la liberté, le désordre, c’est la servitude ». Alors soyons gouvernés avec de l’ordre et nous retrouverons peut-être notre liberté. 

Lucas VALENTIN


[1] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_conseil_scientifique_14_mars_2020.pdf

[2] https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/municipales-2020-bureaux-vote-ouverts-marseille-consignes-securite-non-respectees-1800090.html

[3] http://www.academie-medecine.fr/communique-de-lacademie-nationale-de-medecine-aux-masques-citoyens/

[4] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/injures-de-cohn-bendit-contre-le-pr-raoult-le-mepris-et-l-intolerance-du-gauchisme-culturel-20200330

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