Note de synthèse du Grand Oral de Patrick Chaize

Note de synthèse du Grand Oral de Patrick Chaize

Note de synthèse du Grand Oral de Patrick Chaize 2048 1103 Membre de GDA

Le déploiement de la 5G en France

Le numérique est un sujet universel mais peu connu car très technique. Premièrement, il est important de souligner que la 5G est un slogan commercial qui n’existe pas encore. La 5G en est encore au stade de l’expérimentation.

Afin de mieux saisir les enjeux du numérique, il faut s’attacher à préciser les objectifs même du numérique qui sont ceux d’apporter des services à tous. Par ailleurs, par le numérique on parle désormais du très haut débit.

Trois questions peuvent se dégager de cette thématique liée au numérique :

  • Pourquoi ?
  • Pour qui ?
  • Pour quand ?

L’intérêt du haut débit : le haut débit résulte d’une volonté politique qui, sur des secteurs larges, permet de résoudre des problèmes environnementaux (transport) mais aussi territoriaux en matière de fractures (accès aux médecins). Le haut débit permet également à chacun d’accéder à la connaissance et à la formation partout dans le monde.

La réponse à la question sur l’intérêt du haut débit se fera en répondant aux trois questions citées plus haut :

Pour qui ? : le haut débit est pour chacun et le monde économique. Une entreprise qui s’installe sur le territoire regarde d’abord l’accès au haut débit. C’est devenu le critère le plus regardé par les entreprises avant le mode d’énergie. Par l’accès au haut débit, il y a donc un bouleversement des critères d’implantation qui intéressent les entreprises et les particuliers.

Pour quand ? : il y a des temporalités certaines pour que ce réseau se construise à l’échelle nationale. En sachant que le réseau électrique a mis un demi-siècle, l’objectif est de d’installer le haut débit en une dizaine d’années sur le territoire national.

Lorsque l’on parle de haut débit il faut distinguer deux éléments : réseau mobile  d’une part et l’accès à internet d’autre part. En effet, leur approche est différente en raison du droit français et de choix politiques.

Concernant le réseau mobile :

Il est très récent et marqué par une évolution rapide. La 1G était le téléphone. La 2G a permis l’accès à internet par le téléphone. Plus en plus de personnes ont pu alors accéder à ce service. La 3G a donc consisté à l’accès à Internet par haut débit. Fort de son succès, la 4G a été développée. Elle donne accès à Internet en très haut débit.

Toutefois, la 4G n’est pas aujourd’hui suffisante. Il y a un besoin d’exutoire. En effet, jusque-là le service se basait sur un système de réseau. Ce réseau était partagé entre plusieurs personnes. Or, plus il y a de personnes et plus il faut augmenter le débit. La 5G permet ainsi de succéder à la 4G et d’apporter de nouvelles innovations. La 5G offre ainsi de nouvelles fonctionnalités en incluant les objets connectés. La 5G consiste à faire en sorte que sur un même outil on puisse faire plusieurs choses (téléphoner, avoir accès à Internet et stocker des data bas débit) afin que l’environnement puisse passer par un même réseau.

Tout ceci n’est pour l’instant pas encore réalisé car la 5G est au stade de l’expérimentation. De plus, il n’y a pas de licences qui permettent d’utiliser ce réseau.

En effet, pour pouvoir diffuser ces informations, il faut pouvoir utiliser des bornes de fréquences vendues par l’État. Ces bandes sont des biens immatériels de l’État. Ex : 800 méga hertz mis aux enchères rapportent 5 milliards d’euros à l’État. Il y a peu de villes qui peuvent tester cette 5G (Paris, Marseille).

La 5G existe au Japon et en Chine, ces pays sont dotés d’équipementiers qui peuvent développer cette technologie. Pour avoir cette 5G, un programme a été lancé en France en 2018, c’est le new deal mobil. Ce programme a pu donner un coup d’accélérateur à la téléphonie en France.

Pour rappel : le réseau en France est un réseau géré par les opérateurs. Jusqu’en 2018, ils avaient des cahiers des charges dirigés par la puissance publique construis de façon à ce que les licences rapportent beaucoup. Ces cahiers des charges avaient une exigence de couverture territoriale peu ambitieuse. Les opérateurs qui avaient une autorisation d’exploitation des licences avaient une obligation de couverture de 95% de la population soit une couverture de 50% du territoire. L’exigence n’est pas ambitieuse pour couvrir tout le territoire. En début 2018, il y a eu un New Deal Mobile qui consistait à améliorer la couverture afin que toute la population ait une couverture mobile. Ce programme présente également un autre volet portant sur l’ensemble des voies de communications structurantes (autoroutes, voies) afin que celles-ci soient couvertes en 4G. Si la puissance publique demande des exigences cela implique une contrepartie financière. L’État était dans une logique de prolonger la durée d’utilisation des licences mais la mise en route de la 5G conduit à certaines craintes. Par ailleurs, la possibilité de couverture par la 5G à l’ensemble du territoire n’est pas encore visible du fait de l’attente d’appel d’offre.

Concernant le réseau fixe, l’accès à Internet :

Ce n’est pas un secteur concurrentiel. L’organisation est faite par un découpage en trois zones :

  • Les zones très denses : cette zone concerne 148 villes. La concurrence peut se faire par le réseau. Il est donc possible d’avoir plusieurs fibres optiques dans une même ville.
  • Les zones amies : le gouvernement a lancé un appel d’investissement pour leur donner l’exclusivité de la zone. Cet appel a permis à ce que des collectivités plus urbaines, soit 348 communes, aient un accès au réseau.

Pour le reste les gouvernements successifs, depuis Sarkozy, ont considéré que les pouvoirs publics devaient porter des investissements qui n’étaient pas retenus par les opérateurs. Il s’agit alors des réseaux d’initiative public. C’est un projet porté par les collectivités territoriales avec les aides financières de l’État. Ce programme a comme objectif que d’ici 2022 80% des habitations au niveau national soient couvertes en fibre optique. En 2025, l’objectif est que la totalité des habitations soient couvertes par le réseau. Cependant pour l’instant on a une garantie du financement de ce programme que jusqu’en 2022 par conséquent les objectifs en 2025 sont encore incertains. On sera donc dans une situation où certains territoires seront complètement couverts et d’autres n’auront pas la garantie d’avoir la couverture totale en 2025. On peut néanmoins avoir accès au réseau par d’autres moyens grâce au haut débit qui peut stimuler accès à internet.

À la différence de la fibre optique, où peu importe l’endroit où l’on soit on reçoit du débit, dans les réseaux fixes on a la radio 4G fixe : on utilise le réseau du mobile du transport mais on utilise ensuite le réseau fixe.

Question sur le réseau fixe :

  • Comment améliorer couverture du réseau mobile et détecter les problématiques sachant qu’il n’y a pas de cartes qui représentent les mesures ?
  • Question du maintien du réseau fixe qui est un réseau vieilli et qui devient obsolète.

 

Questions – réponses

  • Quel est le budget de l’état pour l’informatique ?

Le plan France haut débit : 3Mds 300 000 €. Ce budget n’est pas suffisant. Il faudrait avoir 400 à 500 millions supplémentaires pour achever le travail.

  • Se permettre une dizaine d’année est-il pertinent au regard de l’avancée de la France ?

Il y a un risque de développement de la 5G en Chine et au Japon.

Question des ondes électromagnétiques : en 5G, la densité d’antennes est tous les 200 mètres. Toutes ces antennes sont reliées à la fibre et au final chaque habitation peut avoir une connexion fibre.

  • Quelles sont les mesures de la 5G en termes d’impact sur la santé ?

Dans un téléphone avec la 5G il y aura dix antennes. Toutes les études démontrent que les normes sont inférieures aux recommandations internationales. La France est meilleure que dans d’autres pays. On utilise les ondes électromagnétiques partout. Sur la santé, la France est dans une situation de sécurité mais ces conclusions manquent de recul.

  • Concernant la 5G, le cloud computing, comment évaluer la compatibilité environnementale de la 5G ?

Il n’y a pas d’études qui peuvent garantir une absence d’impact. Le coût du service par un data center a connu des programmes mais il faut encore les améliorés.

  • Comment s’assurer que l’ensemble des données ne vont pas être lues par la Chine ?

Il existe une loi anti-Huawei. Par ailleurs, il est organisé des auditions de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure) pour comprendre le problème. Le problème de l’espionnage n’est pas le soucis. La seule solution est le chiffrage or ça a un coût énergétique. Le choix du chiffrage n’a pas été fait en France.

La loi voulait se garantir d’une guerre électronique. En effet, le risque est que si le réseau d’un opérateur est exclusif à un équipementier, celui-ci peut décider de couper toute communication en France. En chine il y a plusieurs équipementiers et rien ne garantit des comportements de politiques. Il existe un autre problème qui est celui de la perte d’entreprises européennes devenues clientes ailleurs.

Il est nécessaire de poser des clauses qui permettent d’éviter la présence de Huawei en région parisienne et que les cadres opérateurs n’aient pas le même matériel.

La loi n’est pas contre Huawei, on ne peut pas se priver de Huawei au risque de prendre 5 ans de retard.

  • Existe-t-il une limite à la 5G ?

Il n’y a pas de limites à tel point qu’on parle de la 6G pour la raison que tous les experts démontrent que les besoins individuels doublent tous les deux ans (exemple avec le passage du TEO7 aux ordinateurs portables). On est dans une logique de développement permanent des technologies et des utilisations. Ces évolutions sont consommatrices d’énergie et nécessitent une évolution permanente.

  • La volonté d’étendre le réseau mobile ne conduirait-il pas à une hausse des problèmes de santé et de contentieux administratif ?

Sur l’aspect santé, point qu’il ne faut pas négliger, il faut souligner que la France respecte les normes. Linky : utilise une basse fréquence sur le fil, aucune radiation. Au final le problème n’est pas tant un problème de santé publique mais plus un problème lié à un manque de confidentialité. L’objectif est la gestion énergétique basée sur l’environnement.

  • Rôle de la France sur le numérique et son retard

Sur le numérique en termes d’infrastructure, la France n’est pas en retard. Au niveau européen, la France sera première si elle respecte son calendrier. Le problème est le retard pris du fait la volonté de protéger un opérateur nationale : Orange.

Sur la téléphonie mobile, la France est plus critiquable mais cela est dû à des opérateurs mobiles qui sont privés. Il vaut mieux pousser les équipements pour augmenter les rendements.

  • Start-up du numérique qui s’établissent à l’étranger et contribuent au rayonnement américain : les solutions à ces fuites ?

Tous les grands chefs de laboratoire de tous les GAFA sont français. On utilise nos ressources en termes de capacité intellectuelle pour donner aux autres la capacité des pays à dépasser la France. Facebook en créant sa monnaie devient un État qui échappe à toutes les règles. Les GAFAS représentent 3 500 Mds de dollars. Les États-Unis s’interrogent sur la question de laisser ces entreprises se développer à ce point.

  • Le retard de la 5G renvoie-t-il un choix politique ?

Il y a une pression américaine et un risque de musèlement du réseau par les États-Unis. On peut stopper un pays en arrêtant le réseau. Il y a surement une pression politique afin de laisser un peu de temps aux États-Unis pour se développer.

  • Comment l’accès aux services publics est-il permis via le développement du numérique et quel est son impact ?

Le développement du numérique va permettre de modifier l’accès au service en ne faisant plus des petits centres mais en construisant des centres par métier. L’accès se fera sur rendez-vous par l’intermédiaire des maisons France service. On change la façon d’accéder aux services publics en créant des sites qui seront des points de ralliement pour l’accès aux services publics.

Par ailleurs, la dette française nécessite de réduire les dépenses. La plus grosse dépense est celle des agents. On pourra ainsi apporter des solutions par le numérique.

Numérique et intérêt général : comment changer le paradigme au regard de concurrents comme free qui cassent les prix et qui empêcheraient le développement de nouveaux opérateurs.

Amazon est premier partenaire et premier concurrent de la poste en France mais cette concurrence peut conduire à la destruction d’une entreprise publique : comment rétablir un équilibre ?

La problématique du libre-échange renvoie au fait de subir les choix stratégiques des entreprises qui ont des conséquences sur une chaîne. L’entreprise Free est née d’une volonté de la puissance publique de faire diminuer les prix. Free s’est différencié par les prix mais quand on regarde le réseau Free, il est très en retard. Free investit beaucoup pour rattraper son retard par rapport aux autres opérateurs.

  • A l’échelle continentale existe-t-il des projets communs ou initiatives communes avec les data centers et quels sont les pays les plus performants ?

Au niveau européen, il n’y a pas de régulation. Si on parle de haut débit, les allemands sont plus performants du fait de leur choix technologique. Par le choix sur le développement de la fibre optique, la France deviendra la meilleure. L’Espagne est en train d’avancer ainsi que le Portugal.

  • Lien entre 5G et la médecine : télémédecine et problème du contact avec le patient

La télémédecine ne remplacera pas le médecin même si l’intelligence artificielle est utilisée en dermatologie. La problématique de la relation humaine est certaine. Dans l’Ain, le nombre de médecin est de 105,5 alors qu’à Paris le densité de médecin est 275 et sur Lyon elle est de 175. Le constat est que certains médecins à Paris n’ont pas assez de clientèle. L’idée est de pouvoir utiliser l’ensemble des ressources sur l’ensemble du territoire.

Remerciements à Amélie Bennet, rédactrice de cette note de synthèse du 23/10/2019.