Notre rôle citoyen face à la crise migratoire.

Notre rôle citoyen face à la crise migratoire.

Notre rôle citoyen face à la crise migratoire. 1198 1120 Membre de GDA

Commençons par noter que par crise migratoire, nous faisons référence à l’augmentation du nombre de migrants arrivant dans l’union européenne en provenance d’Afrique, d’Asie du Sud et du Moyen-Orient. Cette même crise migratoire a connu un pic en 2015 face à l’arrivée massive (plus d’un million) des réfugiés de la guerre civile syrienne. Ce chiffre s’est stabilisé pour atteindre les alentours de 120 000 migrants en 2018.

Toutefois leurs parcours n’en restent pas moins périlleux. Depuis janvier, 426 personnes ont disparu en traversant la Méditerranée tandis que 3750 ont été saisis et ramenés en Lybie. Une fois interceptés, les migrants font face à de nombreuses violences allant jusqu’à la torture, principalement dans l’espoir d’obtenir une rançon de la part de la famille. Celles-ci sont pratiquées lorsque les détenus sont au téléphone avec leurs proches afin de susciter leur pitié. Les migrants sont aussi victimesde violences sexuelles. Le viol systématique est utilisé comme une arme politique dans cette Libye Post-Kadhafi. En dépit des a priori, les hommes en sont les principales victimes. Les Tawarga, peuple protégé par Kadhafi est malmenés par les milices. Pour la juriste Céline Bardet, il s’agit d’une humiliation profonde dans une société extrêmement religieuse qui vise à l’anéantissement moral de la personne et la privation de sa dignité humaine. Enfin certains geôliers libyens vendent les migrants en tant qu’esclaves comme le prouvent les images qui ont été diffusées sur CNN.

Migrants vendus comme esclaves en Lybie, publié par Le Parisien

Les documents qui ont été exposés sur le site Politico finissent d’exposer l’objectif de limitation des départs des migrants qui est celui de la mission européenne navale Sophia. Celle-ci s’associe aux garde-côtes et aux milices libyennes c’est-à-dire les principaux garants de la misère des réfugiés. Cette mission va donc à l’encontre des conventions internationales notamment celle de 1951 relative au statut des réfugiés. Ainsi, notre devoir devrait être de protéger et de venir en aide aux migrants face aux violences qu’ils encourent dans ce dangereux circuit vers l’Europe.

Migrants sur un bateau en Lybie, publié par RFI

Toutefois, M. Minitri puis M. Salvini ont mis en place des mesures visant à obstruer l’activité des ONG et de limiter le flux d’information. Ces mesures, comprenant notamment l’interdiction de création de squats entravent au devoir de solidarité. Oscar Camps, fondateur d’une ONG espagnole, souligne dans une interview pour Le Monde que « des bateaux commerciaux ou de pêche désactivent leurs systèmes d’identification radio pour ne pas être sollicités ». Ainsi, ils enfreignent à leur devoir d’assistance à personne en danger et la fréquence élevée de ce type de pratique est symptomatique de la déshumanisation dont sont victimes les migrants. Face à la croissance de ces mesures, le Pape François a donné une messe privée pour les migrants ce 8 juillet 2019 au cours de laquelle il a insisté sur le devoir d’aide aux migrants dont « personne ne peut s’exonérer ». Il a aussi appuyé sur la politique migratoire du nouveau gouvernement italien (gouvernement Conte depuis le 22 octobre 2018) qu’il juge déshumanisante. Le taux d’arrivée à connu une chute drastique : 85% de moins par rapport à 2018 et 96% par rapport à 2017. Et alors que 600 000 migrants sont encore dans les camps de détention libyens, le danger ne fait que croitre. Dans la nuit du 2 au 3 juillet dernier, un camp de détention non loin de Tripoli a été bombardé par voie aérienne faisant 44 morts et plus d’une centaine de blessés. En dans ce chaos, seules deux mille personnes sont parvenues à traverser la mer. Les solutions manquent cruellement pour évacuer ces migrants et cela est principalement dû au fait que les pays européens s’engagent sur un nombre astronomique de réfugiés et le processus d’accueil pour ceux ayant atteint le territoire européen est extrêmement lent, causant cette situation de transit en Libye. De plus une fois arrivés, ces migrants sont négligés et ne disposent pas des conditions nécessaires pour un accueil optimal. Comment pouvons-nous espérer une intégration dans la société de personnes n’ayant ni sécurité sociale ni même permis de travail. Malgré la loi Dalo, les réfugiés n’accèdent pas à un logement dans un délai acceptable et se retrouvent alors dans l’obligation de former des campements. Le 27 juin dernier, nombre d’entre eux situés à Porte d’Aubervilliers ont été évacués. En fonction de leur situation familiale, les migrants ont été acheminés vers différents centres et mis dans l’attente d’un hébergement. Seulement, plus de deux cents habitants de ces camps de fortunes sont partis d’eux-mêmes Ils ont attendu à quelques pas que le « nettoyage » soit terminé et se sont réinstallés.

D’autres ont l’habitude de ce genre d’interventions en lesquelles ils n’ont plus aucun espoir. Ils rangent tranquillement les biens, suivent calmement les forces de l’ordre et reviennent le soir même. En fait, plus de mille personnes ont été évacuées depuis avril dernier mais manifestement, les campements se reconstruisent de façon inévitable.

Evacuation d’un campement de migrants à Porte de La Chapelle (18earrondissement), publié par Le Point

Le problème à ce jour n’est pas l’incapacité de l’état à loger tout le monde. Cette demande serait inenvisageable. Ce que demande Yann Manzi – cofondateur d’Utopia 56, association d’aide aux migrants – c’est l’élévation de la qualité de vie dans les campements. Il est nécessaire de commencer par régler les problèmes sanitaires, la toxicomanie qui ne fait que progresser dans les bidons villes mais aussi les problèmes de violences. Pour cela, un centre humanitaire d’une capacité de 400 personnes avait été ouvert fin 2016 à porte de la Chapelle par la maire de Paris mais fut fermé en 2018. Selon Dominique Versini, adjointe à Hidalgo à la solidarité et à la lutte contre l’exclusion l’Etat craignait un « appel d’air » et à pour ce souhaiter mettre en place un « dispositif moins attractif ». Ainsi les CAES (centre d’accueil et d’examen de la situation) ont été créés. Il y en a deux en Ile de France. L’un requiert d’une attente de deux semaines pour accéder à l’intérieur du centre l’autre pratique le tirage au sort. Ce champ lexical du jeu instaure un profond malais toujours autant symptomatique de la déshumanisation des migrants. Face au manque excessif de mesure, Bruno André, directeur de cabinet du préfet de région, souligne que la demande d’asile en Ile de France à accru de 63%. Txema Perez, aide aux migrants à la frontière espagnole nous assure que ceux-ci voient « Paris comme un paradis » et pourtant 2200 d’entre se retrouvent dans l’enfer du périphérique où leur vie n’est pas beaucoup moins à risque que dans le pays qu’ils ont fui. Dans ces campements la terreur règne et les plus forts dominentles autres. Entre vols, toxicomanies et agression (physique ou sexuelle) les migrants sont très loin d’être à l’abri et surtout lorsqu’il s’agit des femmes et des enfants. Alors que l’Etat a promis de loger 1200 personnes pour l’hiver, Louis Barda de médecin du monde met l’accent sur le fait que la moitié reste à la rue pour lui, c’est « l’inacceptable qui se banalise ».

Campement de migrants à Paris, publié par LCI

Encore une fois, le problème est que l’Etat s’engage à accueillir un nombre exorbitant de migrants mais que les structures dont il dispose ne permettent pas d’assurer la moitié de cet accueil. Malgré le chaos nord parisien, l’Etat continue de s’engager auprès de nouveaux migrants. Ainsi se crée une attente aux frontièrescondamnant les réfugiés aux atrocités des camps libyens. Voilà le paradoxe d’une société hypocrite usant de la misère migratoire comme une démonstration de sa puissance et donc son irréprochable éthique nationale. La France se voit alors amputée de ses valeurs. Comment pouvons-nous parler de liberté si la liberté de circulation nous est arrachée comme elle l’a été à Pierre-Alain Mannoni qui a été condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir conduit trois Erythréennes blessées à l’hôpital de Marseille. Qu’est devenue la terre de droit dès lors que nous pouvons être poursuivis en justice comme l’a été Benoit Ducos pour avoir aidé une femme à accoucher. Comment pouvons-nous parler d’égalité quand des réfugiés ayant traversé les pires horreurs sont abandonnés dans des campements et délaissés, coupés de la société ? Quant à la fraternité, elle est morte dès que la solidarité est devenue un délit. Mais par-dessus tout c’est un problème de sécurité qui perdure depuis plus de 10 ans mais qui n’a jamais été relevé par peur de stigmatiser une population. Aujourd’hui ce danger a atteint son paroxysme. La toxicomanie fait rage et le quartier Marx-Dormoy a été rebaptisé « Crack land » plongeant cette partie du 18edans la peur : les chauffeurs de métros refusent d’y marquer l’arrêt, le réseau de bus a été coupé sous le prétexte d’une meilleure mobilité pourtant la ligne 65 qui reliait Bastille à la porte de la Chapelle a été supprimée. Le quartier est donc complètement délaissé par peur de s’y confronter. La station Marcadet-Poissonnier est devenue infréquentable et il est courant d’y voir des toxicomanes s’y piquer ou fumer le crack sur les quais. Terrorisé à l’idée que le fléau se propage, la mairie préfère enfermer le problème dans un quartier quitte à le délaisser avec ses habitants. Anne Hidalgo parle d’ailleurs d’« indignité et de chaos ».

Mais cette insécurité concerne aussi les migrants puisque comme nous l’avons évoqué l’accès à la santé (malgré quelques consultations notamment de médecins du monde dans certains campements) est difficile, les violences physiques et sexuelles sont courantes sans oublier les problèmes de drogue. Mais par-dessus tout, l’accès à l’eau potable, à la nourriture, au minimum sanitaire ainsi que des vêtementspour se protéger du froid est extrêmement compliqué.

La maire de Paris a donc promis de mettre une « pression bienveillante sur l’Etat ». Mais les affirmations de cette dernière et de son équipe donnent l’impression que la situation est le fruit de jeux de pouvoir entre l’Etat et Paris notamment due à une opposition de partis.

Mais alors pourquoi acceptons-nous de nous aliéner à un état si celui-ci nous prive d’une part de notre liberté ? Selon le philosophe Anglais John Lock, cette servitude volontaire se fonde sur une unique contrepartie : L’Etat se doit de garantir notre sécurité en tout temps. Aujourd’hui ce n’est visiblement pas le cas. L’insécurité à clairement atteint son paroxysme. Alors, selon le philosophe, notre devoir est la désobéissance civile, c’est-à-dire le soulèvement du peuple contre l’Etat qui le met en danger. Toutefois, en toute objectivité, il est extrêmement peu probable que cette révolte soit l’issue et que la totalité de la France s’y soumette. Alors quel est notre devoir face à la crise migratoire ? Celui qui est réaliste et qui garantit notre bien-vivre ? Selon moi, il s’agit d’une légère désobéissance. Par cela j’entends de faire perdurer la solidarité, de venir en aide aux personnes dans le besoin par humanité et au nom de cette valeur commune qui nous unit. Il est aussi nécessaire d’alerter et de sensibiliser sur la situation du nord de paris et des campements en général.

Asia Dayan, étudiante et membre de Génération d’Avenir