Pour une politique de gestion locale du recyclage des déchets

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I. CONSTAT

À première vue la gestion internationale des déchets semble être un far-west libéral qui est régi par peu de règles. En 2016, 50 % des déchets français étaient envoyés en Asie du Sud-est, sans réel contrôle. 

L’Asie du Sud Est, de “la poubelle du monde” vers la fin de l’export des déchets

Pendant des décennies, la Chine a été le leader incontesté du recyclage des déchets (plastique notamment) en absorbant 7 à 9 millions de tonnes de déchets par an, venues principalement d’occident (selon le BIR), mais cela est voué à changer.  

Une rupture dans l’ordre international du déchet a eu lieu en 2018, lorsque la Chine a cessé sa politique d’accueil du plastique. En effet, la gestion et le traitement de ces derniers posaient plus de problèmes sanitaires, environnementaux que de gains potentiels. Les entreprises européennes, ont donc choisi d’autres pays tels que l’Indonésie ou les Philippines pour effectuer le recyclage de leurs déchets. Cela a eu pour effet majeur d’aggraver l’impact environnemental du traitement des déchets. L’association WWF parle de 500 millions de tonnes de déchets déversées dans la mer à cause de l’incapacité de l’Indonésie à accueillir les déchets plastiques occidentaux. 

“Face à des exportations massives de déchets, le gouvernement chinois a mis en place, en janvier 2018, le programme « National Sword » (Épée nationale). Cette mesure interdit l’entrée de 24 types de déchets sur le territoire chinois, pour des raisons aussi bien sanitaires qu’environnementales.” zerowaste France. 

Le recyclage demande des infrastructures qui n’existent pas dans ces pays en voie de développement, ce qui provoque un “embouteillage” international de plastique. Ainsi les pays asiatiques renvoient certains conteneurs en Australie, aux États-Unis ou encore en France.   

Au-delà des tensions internationales qui se sont créées, le problème des déchets n’est toujours pas résolu, les pays asiatiques font désormais marche arrière. En somme les occidentaux refusent de recycler leur déchet dans leur propre pays. Problème, selon France Nature Environnement, « en France, recycler ces matériaux coûte environ 30.000 euros la tonne chez un cimentier et 80 euros la tonne dans une décharge. Mais si vous trouvez quelqu’un qui l’exporte en Asie entre 5 et 10 euros la tonne, c’est encore moins cher. C’est un mécanisme vicieux ».

Le constat est simple, peu importe le pays d’export, c’est le prix qui détermine le parcours international des déchets. Même si l’on constate un ralentissement dû à l’augmentation du nombre de politiques en faveur du recyclage et à la relative fermeture de l’Asie, les occidentaux, dont la France, continuent l’export des déchets. D’après Eurostat, “en 2018, la France a exporté plus de 1,8 million de tonnes de déchets hors de l’Union européenne.” 

Ajoutons à cela que le citoyen européen peut penser (et à raison) que la plupart des déchets sont recyclés (ce qui est le cas pour environ 80 % d’entre eux selon le BIR) et que par conséquent ladite gestion est propre. Mais lesdits déchets font plus de 15 000 km avant d’être recyclés sans contrôle (les normes aux Philippines sont quasi inexistantes par exemple).    

Un cadre Européen encore timide néanmoins porteur de résultats encourageants, 

            Il y a cependant depuis 2006, une volonté européenne de réduire l’impact carbone des déchets plastiques.  En effet, la directive 2006/12/CE du Parlement européen et celle dite ” 2008 / 98/ CE” viennent appuyer une volonté, partagée par les États membres, de recycler plus (mais pas forcément mieux). Le cadre législatif européen n’est qu’incitatif. En 2010, malgré la présence de règlement européen, l’Union européenne envoyait 50 % de ses déchets en Chine (source ISWA association). 

Pour l’Europe et les européens ces déchets étaient considérés comme recyclés, mais ce n’était qu’un Greenwashing. Le recyclage en Asie s’avère être un fléau écologique, créant des décharges à ciel ouvert comme en Malaisie et nourrissant “l’Océan de plastiques”. 

Nonobstant, l’Union européenne a réussi à imposer un cadre efficace relatif aux déchets communaux.

D’après les critères retenus par l’OCDE et Eurostat, la majeure partie des “déchets municipaux” provient des ménages (papier, carton, plastique, verre, métaux, déchets d’alimentation et de jardin, textile, mais aussi encombrants du type électroménager, vieux meubles ou matelas…). Le reste est composé des déchets “assimilés” aux déchets ménagers, provenant des commerces, petites entreprises, immeubles de bureaux et institutions publiques comme les écoles, les hôpitaux et les bâtiments administratifs.

Ces déchets sont globalement bien recyclés et réutilisés à bon escient, l’Allemagne ayant un taux de 67% de recyclage des déchets communaux (la moyenne européenne est de 47 % et la France est à 44%). 

Ces déchets sont principalement réutilisés dans la conception de nouveaux objets, mais les pays du Nord optent pour une transformation en énergies. En Finlande 56 % des déchets municipaux sont transformés en énergie. Cela semble être la meilleure forme de recyclage actuellement.   

En France le problème reste le même, mais des perspectives d’évolution se dessinent,

Globalement, les pays occidentaux n’ont pas les infrastructures pour recycler tous les déchets produits en Europe ou aux États-Unis. Le coût d’investissement est toujours trop important et la valorisation énergétique des déchets n’est pas toujours la priorité des institutions locales et régionales.

La France arrive tout de même à se démarquer avec d’importants taux de recyclages des métaux (98 % de l’aluminium est recyclé) et du papier, mais le plastique reste un point faible. Le rapport du FEDEREC et de l’ADEME sur l’efficacité du recyclage expose des données assez complètes sur ces points.   

Le compostage municipal est pourtant à la mode en ce moment. La région Bretagne est très active là-dessus et développe de nombreux dispositifs de compostage partagé. Ce sont pour les déchets verts, une véritable voie de recyclage, qui semble assez simple à mettre en place dans de petites communes.  

II. OBJECTIFS

L’objectif fixé par la France de 100 % de plastiques recyclés est louable, mais pour l’INRA, cela semble être une “fausse bonne idée”. En effet, le plastique ne se recycle qu’une à deux fois contrairement au carton qui est quasiment inépuisable. 

De plus, comme nous l’avons vu précédemment, le plastique se recycle à l’étranger (hors Europe). Le plastique étant un matériau peu cher il doit d’être recyclé pour un moindre coût. C’est pour cette raison qu’actuellement ledit recyclage s’effectue presque uniquement dans des pays avec peu de normes et où le coût de la main d’œuvre est faible.  

Autrement dit, l’État Français ne doit pas se contenter de demander à ses concitoyens de trier ses déchets. Il faut relancer, en France, une politique autonome de gestion locale des déchets tout en arrêtant la prolifération de ces derniers. 

Pour ce faire nous pouvons nous appuyer sur l’exemple de la ville de San Francisco 

Rappel du contexte : San Francisco va devenir en 2025 la première ville 0 déchet au monde, cela est dû à une politique ambitieuse en termes d’investissements dans le domaine. Les habitants de la ville sont obligés de trier et sont sanctionnés s’ils ne le font pas. La municipalité a mis en place un système à trois poubelles et des taxes en fonction de la taille des poubelles (plus les poubelles sont grandes plus vous payer, ce qui incite au compost par exemple). Les contrôles sont très réguliers.

En plus ce système est rentable, car les déchets sont transformés en engrais très fertile, qui est ensuite revendu ou échangé (contre des déchets) aux agriculteurs. En France, la majorité des déchets sont incinérés (tout déchet confondu). La valorisation est donc moins importante. 

L’objectif de San Francisco, est simple, créer un système local de valorisation des déchets. Aujourd’hui la ville de 874 000 habitants (ne parlons même pas de son agglomération de 1,4 million d’habitants) atteindra très certainement en 2025 son objectif 0 déchets.       

En France, l’idée est de modifier le code des collectivités territoriales pour transférer la compétence de recyclage des déchets aux régions (actuellement pris en charge par les communes ou agglomérations) pour tendre vers 100 % de recyclage plastique en France d’ici à 2050. 

Il faudra pour cela améliorer la collecte des déchets, notamment en dotant les collectivités d’un fonds recyclage. En effet, la base du recyclage est le tri, ainsi la mise en place d’une campagne nationale claire ainsi que de centres de tri connectés permettra de mieux recycler. 

Ensuite, les régions devront s’atteler à la transformation de ces déchets en “consommables” (pour les déchets verts) ou en PLA (ou autres plastiques recyclés) tout cela à l’intérieur des régions. 

Enfin, il faudra revaloriser ces déchets au sein des entités consommatrices de plastique (filières de ventes de packaging en PLA par exemple). 

III. RÉALISATION

Pour être efficace, la mise en place de cette proposition de re-localisation du recyclage des déchets se fera en deux temps et sur trois volets.  

Dans un premier temps à l’échelle nationale, avec le lancement d’une loi-cadre sur les déchets. Cette loi comprendra une partie consacrée à l’amélioration de la collecte des déchets (en amont du recyclage donc) ainsi qu’une partie sur le développement de nouveaux centres de tri par les régions en collaboration avec les agglomérations. Une dernière partie sera quant à elle consacrée à l’interdiction progressive de l’envoi de déchets plastiques hors de France ou de l’utilisation de plastiques non recyclés.  

L’objectif de cette loi-cadre est que la France puisse recycler 100 % de ses déchets plastiques en 2030 ainsi qu’une neutralité carbone dudit recyclage en 2035. L’État devra donc débloquer “un fonds recyclage vert” qui sera distribué régionalement.     

Dans un second temps, il faudra au niveau régional, organiser la valorisation des déchets en allouant des budgets spécifiques au recyclage. La revente de ces déchets pourra constituer à terme une source d’autofinancement, mais en attendant, la région pourrait soutenir des investissements en la matière (ou les réaliser elle-même). 

Les régions devront soumettre à l’État leur “Plan régional de recyclage des déchets” pour validation et seront tenues de l’appliquer. En contrepartie, l’État financera ledit plan à hauteur d’un pourcentage défini par la loi-cadre. 

Pour éviter une “nouvelle loi SRU” et prévenir des blocages locaux, il faudra que la loi cadre évoque des sanctions claires pour les élus ne respectant pas leurs objectifs en matière de recyclage (exemple : un maire refuse d’appliquer le code couleur nationale sur le tri des déchets). 

En somme, la loi-cadre donnera compétence aux régions pour décliner localement (avec les agglomérations) le recyclage et la valorisation des déchets plastiques, puis à terme pour d’autres déchets.  

Clément Delhomme
Étudiant et entrepreneur
Secrétaire général de Génération d’Avenir

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