Pourra-t-on hacker le cerveau des criminels ?

Pourra-t-on hacker le cerveau des criminels ?

Pourra-t-on hacker le cerveau des criminels ? 3872 2592 Membre de GDA

Obtenir les aveux d’un criminel n’est pas aisé, et il serait plus facile si l’on pouvait directement accéder à son cerveau. Avec les avancées technologiques en matière d’intelligence artificielle et le projet futur d’implants numériques dans nos cerveaux qui remplaceront nos smartphones, il sera possible d’obtenir des souvenirs en piratant les cerveaux. Afin de découvrir la vérité et ne pas laisser en liberté des coupables certains voudront utiliser cette technologie lors de procès. Mais doit-on laisser l’État hacker des cerveaux humains ?

Les détecteurs de mensonges.

L’État “pirate” déjà le corps humain en obtenant des informations par la technologie. En effet, le détecteur de mensonge ou polygraphe qui mesure les réactions d’un individu interrogé est utilisé lors d’interrogatoires partout dans le monde et même pour des entretiens d’embauches dans certains services gouvernementaux comme le FBI. Ainsi, le recours à la technologie pour avoir des aveux est déjà accepté par les États, toutefois dans la plupart des pays comme en France il n’a pas de valeur légale mais c’est pour des raisons de fiabilité et non d’éthique. Les implants cérébraux n’auront pas une fiabilité aussi contestée car il s’agira d’accéder directement aux souvenirs d’un accusé lors d’un procès comme le retrait d’un fichier sur un disque dur. De surcroît, la Justice accède déjà aux disques durs des ordinateurs de criminels pour trouver des vidéos terroristes ou pédopornographiques. Les implants cérébraux ayant pour objet de succéder à nos smartphones et ordinateurs, leur saisie sera alors l’évolution logique de cette pratique.

Entre sécurité et liberté.

Mais donner accès à l’État à nos cerveaux est dangereux, car dans un monde où tous les cerveaux sont connectés à internet et au Cloud, la Police pourrait ne pas attendre le procès et scanner les cerveaux en quête de contenu répréhensible et de potentiels terroristes. L’affaire Edward Snowden et les révélations sur les pratiques des États peu scrupuleux du respect de la vie privée de leurs citoyens témoignent des dangers d’un monde où l’information est connectée, d’autant plus lorsqu’elle est accessible jusque dans nos cerveaux. Comme pour la loi antiterroriste de 2017, il s’agira donc de trouver un équilibre entre la garantie de la sécurité intérieure et celle des libertés individuelles et du droit au respect de la vie privée garanti par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’Homme.

Un mandat d’arrêt international sur nos cerveaux.

Toutefois, il faut admettre qu’aujourd’hui les entreprises innovantes qui créent ces implants cérébraux pour lier le cerveau à l’intelligence artificielle comme “Neuralink” d’Elon Musk ne sont pas françaises. Cette situation va probablement perdurer puisque seules les entreprises bénéficiant d’un volume considérable de données peuvent maîtriser les technologies d’intelligence artificielle, et elles sont toutes américaines (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et chinoises (Huawei, Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Alors la Justice française voulant accéder aux informations concernant des ressortissants français dont les cerveaux disposent d’implants numériques étrangers devra demander l’accès à des entreprises privées étrangères. A l’instar de certains États qui demandent à Facebook ou Twitter l’accès à des comptes ou la censure de publications, peut-être verra-t-on un jour une demande d’accès à un cerveau.


Hugo Coffineau-Pignol, étudiant en Droit à Paris II Panthéon-Assas