Rencontre autour de la transition écologique et ses enjeux avec le député Jean-Marc Zulesi

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Rencontre avec Monsieur le député Jean-Marc Zulesi.

Dans un contexte de crise, la transition écologique se trouve aujourd’hui délaissée.  Cependant, le sujet reste important et pertinent, au vue des enjeux qu’il suscite. 

Mr Zulesi encourage l’engagement politique des jeunes qui doit être la pierre angulaire d’un avenir meilleure basé sur le développement durable et sur l’aménagement du territoire. 

  • Vous êtes au sein de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire. Comment pourriez-vous expliquer le lien entre le développement durable et l’aménagement du territoire ? Le développement-durable ne constitue-t-il pas un frein à l’aménagement du territoire ?

On se rend compte que depuis 40 ans, aucune une politique d’aménagement durable du territoire n’a été mise en place. De même, les zones d’habitations sont éloignées des zones commerciales. On n’a pas de moyens suffisants pour limiter la mobilité. Pour un bon aménagement du territoire, il faut suivre les nécessités du développement durable. 

  • Sur votre site internet, vous mettez en avant vos engagements qui sont pour la plupart des engagements locaux (clean up day, réhabilitation des espaces naturels), or toutes les décisions environnementales sont votées à paris. Cela ne serait-il pas révélateur de l’importance de l’échelle locale dans le combat contre le réchauffement climatique ? Ne vaudrait-il pas mieux multiplier les arrêtés et les décisions locales plutôt que de signer des décisions à l’échelle nationale ? 

Cette phase de développement durable et de l’aménagement du territoire ne remplacera pas le rôle des élus locaux et des collectivités. Cela amène à nous interroger sur les compétences et les ressources pour atteindre cette ambition, tant du point de vue des moyens financiers nécessaires, que de la volonté politique et de la population. Il est sûr que l’ensemble de la population a envie de changer les choses. Il faut donc mettre en place un plan de relance qui permettra aux collectivités d’avoir des moyens plus développés. Le point rouge est l’utilisation de ces moyens par les élus. 

Ainsi, l’enjeu de la volonté locale et de l’implication des élus n’est pas homogène et n’est pas général. Il y a des élus locaux qui ont envie d’avancer sur ce sujet. On peut prendre l’exemple du développement de pistes cyclables mais souvent ils n’ont pas assez de gens dans leurs équipes pour assurer de tels projets. On se rend compte à quel point les mesures pour aménager durablement le territoire ne sont pas anodines. 

Il est nécessaire d’instaurer une plus grande fluidité dans les prises de décision et dans les formations nécessaires. La commune et le département doivent s’accorder avec la volonté du maire. Il faut donc passer par l’instauration d’obligations et de sanctions financières. On ne peut plus attendre sur ces sujets, il faut donc se fixer des objectifs ambitieux avec des contraintes derrière (végétaliser, installation de pistes cyclables…). 

Pour qu’une règle soit respectée, elle doit être comprise. Beaucoup d’élus locaux ont l’impression de recevoir des règles qui sont déconnectées de la réalité. Les règles qui s’appliquent sont différentes. Cela renvoie à la décentralisation, la déconcentration, loi 4D. La période s’y prête, les élus locaux ont envie d’avoir plus de pouvoirs. 

  • On constate une grande mobilisation sur les réseaux sociaux, l’école républicaine n’a-t-elle pas aussi un rôle à jouer et si oui, lequel ? 

Sans enlever la responsabilité des parents, on demande toujours plus à l’école. Dans les écoles, a été introduit un programme pour savoir faire du vélo dès le plus jeune âge. Un syndicat des professeurs des écoles est intervenu pour contester cette mesure. En effet, si on continue à rajouter toujours plus de programmes dans les écoles, on risque de manquer la priorité qui est d’apprendre à lire et à écrire. 

A partir du moment où on travaille main dans la main, il faut se concerter pour entrer dans une démarche de développement durable. On peut y arriver mais cela ne doit pas arriver comme un cheveux sur la soupe. 

L’école a un rôle à jouer, l’enfant peut informer les parents sur les bonnes pratiques. Cela vient responsabiliser les parents qui ont aussi un rôle à jouer. 

La question du réchauffement climatique est un sujet récurrent chez les 15-40 ans, avec une implication importante des réseaux sociaux. Si l’école n’intervient pas cela reviendrait à une crise de légitimité de l’école qui n’est pas capable d’informer et de s’adapter. Le risque serait une déconnexion entre le lycée et le collège.

            Là où on va avoir une difficulté, c’est qu’il faut accompagner et conduire la volonté des jeunes pour s’accomplir dans un nouveau monde. Cet accompagnement doit s’inscrire dans les choix des carrières professionnelles. L’avenir, ce n’est pas de proposer de vivre seul et de rester chez soi. La volonté est de changer la société, et de baser le modèle économique sur le développement durable. Les jeunes doivent pouvoir s’accomplir dans le secteur professionnel, en alliant écologie et économie. Il faut continuer à travailler, on est dans une volonté : cadre scolaire pour accompagner les jeunes dans une autre forme de société, avec des diplômes qui permettent de travailler sur cette société qui allie écologie et économie. Cela est nécessaire.

  • Finalement, il y a des incohérences, certaines écoles préfèrent recourir aux grandes surfaces plutôt qu’aux circuits courts, comment pouvez expliquer cela (raison économique, sanitaire ou culturelle) ?

Cela renvoie au local.La loi Agris fixe des objectifs dans les cantines pour avoir plus de Bio et de local. Si les collectivités locales ne se saisissent pas de cette opportunité, on n’y arrivera pas. Il faut accompagner ces collectivités.

La difficulté est que si on veut acheter des légumes à l’agriculteur du coin, il faut respecter des normes d’hygiène qui nécessitent une certaine infrastructure. Les communes doivent mettre en place des centre de tri de ces fruits et légumes pour avoir une certaine quantité et rentabiliser les productions locales. Mais cela nécessite que les politiques s’accordent entre elles, et cela demande beaucoup de temps. Il y a un temps long entre la prise de décision au national et dans l’application à l’échelle locale. 

Il faudrait repenser les chaînes de production et de transport. On a tout ce qu’il faut localement pour avoir ces activités.On a une occasion dans le cadre de cette crise de changer les pratiques et d’éveiller les consciences afin qu’on puisse relocaliser et que les concitoyens puissent consommer au plus proche des circuits courts. 

  • Quelle politique fiscale inciterait les investisseurs vers plus de durabilité dans leurs investissements ? Qu’est-ce qu’on doit mettre en avant?

Un budget ce sont des recettes et des dépenses. Le volet qui intéresse le plus est le volet recette. L’une des belles avancées est la fiscalité renforcée sur l’aérien avec l’augmentation de la taxe Chirac sur les billets d’avion qui a permis de financer d’autres éléments. Il y a aussi la fiscalité sur les carburants issus du transport routier. 

Cette année, on a surtout travaillé sur une baisse de la fiscalité, baisse de la TVS (véhicule de société notamment les véhicules hydrogènes), porter le forfait mobilité durable, augmentation de 400€ à 500€ pour aller au travail en mobilité partagée. Il y a aussi le malus au poids sur les véhicules à partir de 1800kg, avec dérogation pour les familles nombreuses et les véhicules hybrides. Cela permet d’avoir un message fort dans la transition des véhicules.

  • En ce moment, le combat contre le réchauffement climatique passe par la jurisprudence (jurisprudence urgenda), des sanctions sont donc prises par la justice. Par conséquent, pour combattre le réchauffement climatique vaut-il mieux adopter des mesures préventives ou bien punitives ?

Oui il faut des mesures punitives, mais avant de légiférer, il faut voir comment appliquer le droit français. On a des outils de contrôle qui permettent d’assurer un contrôle effectif. 

Avant de mettre de nouvelles obligations, il faut les travailler avec le local. On a eu trop de mesures qui ont été mises en place à l’échelle nationale, sauf que beaucoup de ces mesures ne sont pas assez communiquées et pas acceptées par les citoyens. L’objectif doit être atteignable et partagé par les professionnels et les citoyens. Il faut donner les moyens de contrôle. 

Le projets de loi néonicotinoïde n’assure pas une la transition au niveau local et en l’absence d’outils de contrôle, on se retrouve dans la position d’incompréhension. On légifère sur une petite partie de la loi, la loi n’a pas été bien faite, n’a pas été construite. Il faut mettre des contraintes mais aussi mettre les moyens de contrôle pour atteindre des objectifs fixés.

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