Restitution du rapport 2020 de Génération d’Avenir au CESE

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L’association Génération d’Avenir a eu l’occasion de rencontrer Lilâ Le Bas, Bertrand Coly et Héloïse Peaud : membres du groupe des Organisations étudiantes et mouvements de jeunesse du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE). L’intérêt de la rencontre était d’échanger sur le sujet de l’impact de la crise sanitaire sur la situation de la jeunesse française, et ce, notamment en termes financiers, sociaux et plus spécifiquement les enjeux tenant à la précarité et la dégradation de la santé mentale des jeunes. 

En effet, la déclaration du CESE « Jeunes, le devoir d’avenir », rédigée par Bertrand Coly et adoptée en décembre 2020, vise à mettre en lumière toutes ces problématiques, qui, pour la majorité d’entre-elles, rejoignent des questionnements que Génération d’Avenir a pu porter à de multiples occasions (cf rapports etc). 

Si certains diront qu’il « est dur d’avoir 20 ans en 2020 », les membres du groupe des organisations étudiantes et mouvements de jeunesse diront plutôt que « les jeunes paient et vont payer cher cette période de crise sanitaire au niveau de leur place dans la société. ». Sur un aspect purement économique et financier, la précarité des jeunes n’a fait que s’accentuer. Le constat est affligeant : un jeune non-qualifié sur deux est au chômage, le marché du travail est bouché, et la crise de la covid a provoqué la perte d’emplois (pour certains non-déclarés) de multiples personnes, ce qui n’a eu pour effet que d’accentuer la précarité des jeunes, sans parler de la pauvreté dans laquelle certains sont plongés, celle-ci préexistant à la crise sanitaire, des difficultés rencontrées par des étudiants boursiers… 

Dans sa déclaration, le CESE émet l’idée de pouvoir faire accéder la tranche des 18-25 ans aux minimas sociaux. Si l’idée d’un renforcement de la solidarité nationale apparaît comme une nécessité, mais plus encore, la stabilisation d’un droit et d’une garantie à l’accès à une aide financière pour les jeunes, l’interrogation devrait débuter sur l’accès aux emplois et aux formations. Il est évident que les jeunes devraient être bénéficiaires d’aides, cependant débuter par cela ne consiste-t-il pas à baisser les bras devant le constat de cette précarité ? Ou bien le plan temporaire d’« un jeune une solution » serait suffisant afin d’assurer l’accès durable aux jeunes diplômés ou non-diplômés à des emplois pendant et suite à la crise sanitaire ? Cela semble peu probable. La réalité des jeunes est celle de l’abandon des institutions, incapables de prendre des mesures permettant d’assurer leur insertion efficace dans le monde du travail. Le projet de l’accès aux minimas sociaux est une bonne idée, si elle était doublée d’un projet efficace concernant les emplois, alternances ou autres formations auxquels les jeunes devraient pouvoir accéder. Sans cela, il ne s’agit encore une fois que du constat de l’échecde nos représentants à faire valoir les intérêts des jeunes. En somme : des solutions temporaires à des problèmes durables. 

Le plan « un jeune une solution » ne devait durer que jusqu’à janvier, mais bien qu’il soit prolongé, il ne permettra pas de pallier le problème immense qui s’annonce suite à la crise sanitaire. Ce problème peut être anticipé bien que nous ne soyons pas encore au sortir de cette crise : par exemple, de nombreuses entreprises ont gelé leurs embauches pour l’année à venir (si ce n’est les deux prochaines années pour certaines). L’accès des jeunes aux minimas sociaux ne sera pas suffisant. Lors de notre échange, nous avons dons fait le constat que les jeunes diplômés pourront faire l’expérience de la situation dans laquelle se retrouvent les jeunes non-diplômés : le sans-emploi. Ce « débat » nous a donc permis de faire émerger ce nouveau problème, et de bien évidemment n’obtenir aucune solution durable, au risque de me répéter à nouveau. 

Quid alors de la santé mentale des jeunes ? Quel impact la crise sanitaire a-t-elle pu avoir ? Encore une fois, la précarité mêlée à l’isolement pendant la crise sanitaire n’a pas épargné les jeunes : entre les multiples décrochages, troubles anxieux, dépressions, les jeunes sont dans une situation consternante. Le plan du groupe du CESE que nous avons rencontré est de retisser des liens, recourir à une prévention qui ne soit pas stigmatisante ainsi que de prévoir plus de professionnels dans les milieux estudiantins et scolaires. Encore une fois, une réaction tardive à un problème installé. La prévention, aussi « intelligente » soit elle, apparaît comme un pansement minuscule sur une plaie hémorragique : tardive, inefficace et dans le déni de la vérité qui est celle de la dégradation de la santé mentale des jeunes. Nous ne sommes plus qu’au stade de la prévention, une véritable action doit être menée auprès de ces jeunes, en leur montrant qu’ils ne sont pas seuls, et de leur proposer l’accompagnement adéquat. La prévention doit laisser place à l’action. Je n’évoquerai pas ici la volonté de soutenir les associations et de réintroduire les jeunes dans la vie sociale : le flou de ces déclarations ne me permet pas d’en tirer une critique constructive.

Il a ensuite été question de l’investissement des jeunes dans les espaces de pouvoir. Les jeunes peuvent effectivement avoir une défiance à l’égard des institutions en place, ce qui n’a rien d’étonnant étant donné qu’une majorité ne les comprennent pas. C’est par ailleurs le pilier directeur du projet de Génération d’Avenir : porter la voix des jeunes en politique, devant leurs institutions et leur permettre une proximité avec les organes qui les représentent. C’est pour cette raison que notre association trouve primordial l’apprentissage de celles-ci à l’école, afin de pouvoir enlever la barrière créée entre « ceux qui comprennent » et « ceux qui ne comprennent pas » les institutions. Cet avis n’était, lors de nos discussions, pas partagé par le groupe du CESE qui affirmait que cet apprentissage n’était pas nécessaire afin d’inciter les jeunes à s’investir dans des structures, associations, ou encore auprès des institutions. Il a également été avancé qu’il existe déjà des structures permettant d’accéder à des associations, ou syndicats menant à ces institutions dans l’enseignement supérieur. Il est difficilement possible de voir comment cela répond à la problématique soulevée, mais en tout cas, il m’apparaît fondamental de permettre aux jeunes de comprendre leurs institutions, afin qu’ils puissent réellement se sentir citoyens. 

De la même manière, le groupe du CESE a indiqué qu’il fallait développer des outils de participation citoyenne, les organisations de jeunes qui sont des outils qui participent de la formation responsable, faciliter la mise en responsabilité des jeunes dans les associations et donner aux jeunes une place dans les institutions en tant que telles. Ce sont des points sur lesquelles nous sommes tombés d’accord, puisque, justement, cette implication est au cœur des préoccupations de notre association. Malheureusement, certains outils sont créés afin d’être aussitôt supprimés, il faudrait donc trouver, encore une fois, une solution durable. 

Par ailleurs, il a été question de l’accès au numérique pour les écoliers et les étudiants. Il nous a été indiqué par le groupe du CESE qu’il n’y a pas de réponse structurelle. Notre association avait formulé à ce propos plusieurs propositions : l’accentuation des aides financières aux familles afin de permettre un accès uniforme aux outils numériques, mais également par la mise en place d’une plateforme unique à distance, reconnue d’utilité publique, afin de ne plus passer par des plateformes tierces (sans évoquer toutes les questions de données personnelle), la formation des jeunes mais aussi du corps enseignant à ces outils numériques… Ces propositions sont le fruit d’une volonté d’anticipation non seulement de la crise actuelle, qui ne fait que de se prolonger, mais également d’éventuelles crises futures. 

Le dernier point évoqué dans la déclaration du CESE est celui de l’écologie, que l’on n’évoquera pas ici bien qu’il soit éminemment important, puisqu’il n’a d’une part pas été abordé lors de nos discussions, et d’autre part peu pertinent eu égard des considérations sus-citées. 

Pour conclure, la crise sanitaire a produit des effets dommageables à de multiples niveaux, effets qui se sont répercutés sur la jeunesse. Ils se ressentent à l’instant présent, mais s’inscriront malheureusement dans notre futur proche et lointain. C’est pourquoi il est important de s’engager, de participer, de réfléchir à des solutions pour ces jeunes que nous sommes, et de ne pas reculer devant l’inaction de certaines structures nous représentant, puisqu’il est encore possible de faire changer les choses avec les bonnes idées, entourés des bonnes personnes. 

Raya Laferrere

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