Synthèse de la rencontre avec Alain Perea

Synthèse de la rencontre avec Alain Perea

Synthèse de la rencontre avec Alain Perea 1350 650 Membre de GDA

Grand Oral du 15 mai de Alain Perea

Député de la 2e circonscription de l’Aude (Narbonne) Vice-Président Commission développement durable et aménagement du territoire

Vous trouverez ci-dessous une première partie rapportant les propos de M. Perea, ainsi que l’intervention de l’économiste Bertrand Séné. Dans une seconde partie nous vous donnons accès aux notes résumées de la réunion, afin d’avoir une lecture rapide des échanges du député avec nos membres.

Biographie :

  • Droit de l’urbanisme – DU de gestion du territoire et dvpt durable
  •  Directeur d’une structure communale
  • Directeur général de la mairie de Narbonne
  • 2012-2017 : Directeur d’un parc national régional
  • 2011-2016 : Maire
  •  2019 : Vice président du Parlement de la Méditerranée

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Pour Alain Perea une question primordiale sur laquelle il faut réfléchir est celle du sens que nous apportons à nos modèles de consommation. Il faut prendre conscience que la satisfaction marginale que nous procure réellement notre consommation est fortement déterminée par un facteur psychologique : la pression sociale et le regard des autres. C’est typiquement le cas dans la cour de récréation avec les enfants lance Alain Perea : il faut toujours la dernière paire de baskets à la mode. Le débat est politique, presque philosophique, et concerne notre rapport à l’argent. Ce rapport aux autres, à l’argent, et à l’amour à changé en une cinquantaine d’années : désormais un individu est d’autant plus respecté lorsqu’il est aisé. 

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Mais comment faire évoluer les habitudes de consommation ? On ne peut bien-sûr pas contraindre les ménages à moins consommer ou à consommer différemment. 

Pour Alain Perea la contrainte est une solution inefficace à court comme à long terme. Plus les consommateurs seront contraints et plus ils résisteront. Les obliger à diminuer leur consommation révèle une approche négative, coercitive, peut efficace. A contrario, il faut aborder le défi des changements des modes de consommation avec une approche positive, incitative. Actuellement, les messages sont toujours pessimistes lorsque le sujet de l’environnement est abordé. Il faut ajouter au discours politique une teinte plus incitative, c’est à dire moins contraignante. 

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Les jeunes prennent conscience de l’urgence climatique, l’actualité nous l’a démontré. Les discours alarmistes sont pourtant partie prenante de ce basculement de l’opinion et font peser une pression sur nos représentants. Mais les lycéens et étudiants ont un sentiment d’inaction des autorités publiques sur la question.

Pour Alain Perea les jeunes doivent bousculer les parlementaires. Il y a une prise de conscience certaine de leur part de l’urgence climatique, et les dernières manifestations le démontrent. Le réel problème lorsque les jeunes prennent la parole, c’est qu’elle est souvent dévalorisée, ou trop peu entendue par les politiques. Il faut au contraire l’encourager, favoriser l’émergence de débats citoyens dans lesquels ils seront partie prenante. Même si leur parole n’est pas professionnelle ou scientifique c’est justement la sincérité de leur message qui manque dans des discussions parfois trop technocrates et techniques. Il faut que la nouvelle génération alerte les parlementaires autant que faire se peu, et n’hésite pas à les bousculer avec des propositions ambitieuses. 

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Les jeunes sont très inquiets : mais est-ce qu’au niveau de l’Assemblée nationale la génération politique ne fuit pas la question de l’environnement ? C’est tout l’avenir des jeunes qui est sur la table et ils ne ressentent pas de mouvement politique. 

Un des problèmes qui se pose à l’Assemblée nationale est que la commission du développement durable n’est saisie que subsidiairement, et n’entre pas en jeu dans tous les dossiers. Ce cloisonnement des sujets traités par la commission empêche que le sujet de la protection de l’environnement s’invite à la table des discussions de manière habituelle. 

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Concernant les habitudes de consommation évoquées précédemment on constate de forts effets d’entrainement, c’est à dire d’effets de mode, notamment chez les jeunes. La réponse à y apporter doit d’abord être la refonte de notre système de valeur, de notre relation à l’argent et aux autres. Des notions comme la solidarité, le lien social ou l’égalité sont sacrifiées par ce qui relève souvent du culte de l’apparence. Une chose dont manquent les individus, et ce dès l’école, c’est du retour des humanités. Deux choses à prendre en considération prioritairement dans la sensibilisation du grand public sur le changement de ses modes de consommation. D’abord l’école doit redevenir un lieu où l’on respecte un certain nombre des valeurs susvisées. Ensuite, l’éducation populaire doit être remise au gout du jour : les MJC, les scouts,… Ces structures auparavant très répandues étaient des lieux où la jeunesse apprenait à prendre des responsabilités. Il est désormais temps de les rénover, les relancer, car ils transmettent des valeurs de solidarité et de maturité dont nous avons cruellement besoin.

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Concernant l’impact des efforts de la France à l’international en manière de développement durable, si l’on peut faire évoluer nos politiques environnementales, sommes-nous réellement influents au niveau mondial ? Lorsqu’on voit que de nombreuses énergies vertes sont très polluantes à produire, avec des rendements faibles et des impacts environnementaux négatifs, peut-on s’effrayer du poids marginal que nos efforts représentent à l’international ?

Ce discours récurent chez certain et voulant qu’on ne pèse pas à l’international est la bonne excuse pour ne rien faire. C’est une réponse facile à un problème d’une grande complexité.

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Pour Alain Perea il ne faut pas avoir des discours alarmistes, car objectivement selon lui les autorités et les individus parviendront à franchir les étapes et les futurs défis climatiques grâce à l’investissement des jeunes générations. C’est la relation au bonheur des consommateurs qu’il faut modifier.

Changer les habitudes des consommateurs ou les méthodes de production des entreprises ne se fera pas sans mal. Comment accompagner concrètement cette transition ? 

Prenons l’exemple de l’interdiction des pailles en plastique : l’industrie représente 500 emplois dans une circonscription. Cette interdiction a mis la députée concernée face au mur du chômage. Dans notre pays on prend aisément des décisions radicales, sans se poser la question de la manière dont on accompagne la transformation de l’économie et des territoires. Pourtant, il n’est pas impossible de faire évoluer les modèles économiques des entreprises. Il faut par exemple investir dans les greentechs car la France a un retard monumental dans ces secteurs de pointe.

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Mieux vaut utiliser des leviers incitatifs, ou utiliser la contrainte ne serait-il pas efficace dans les politiques environnementales ? 

S’il y avait de la contrainte certains acteurs économiques se braqueraient. Idem pour les ménages. Contraindre les consommateurs, c’est les faire résister. Alain Perea préfère à cela la théorie de « l’écologie libre » : « je suis sur un segment de protection de l’environnement, mais je me donne de la liberté politique sur des questions très précises ».

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Encore sur le sujet des politiques contraignantes ou incitatives : comment user de la méthode douce évoquées depuis tout à l’heure ? Comment concrètement créer des incitations pesants sur les décisions des consommateurs ? 

Pour reprendre l’image précédente, la paille est un bon exemple de l’inutilité de certaines habitudes de consommation. Une paille c’est inutile. La prise de conscience doit se faire par des petits gestes du quotidien. Il suffit d’observer le paradoxe d’Olson : on contribue à une action collective que si on y trouve un intérêt personnel. Il faut donc montrer aux consommateurs qu’ils ont un intérêt à faire certains gestes qui sauvent la planète. C’est là qu’interviennent les politiques incitatives. Il y a des évolutions sociétales qui se font hors législation : la société doit avoir la capacité de se prendre en charge et de faire elle même évoluer les choses, notamment par le prisme de l’éducation.

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Intervention de Bertrand Séné, économiste :

Sur la question de l’éducation on observe dans des écoles alternatives que des temps de débat sont organisés avec les élèves dans lesquels on les invite à réfléchir sur différentes questions. Au fur et à mesure les enfants parviennent par exemple à la conclusion qu’ils n’ont pas besoin de se différencier entre eux, par des baskets ou tout autre habillement. Cela illustre un grand problème lié à la prise de conscience collective des individus : on a besoin de ce temps de débat et de réflexion pour avoir nous sensibiliser nous mêmes. On doit faire prendre conscience aux gens de l’inutilité de certains réflexes de leurs modes de consommation. Cela ne peut se faire que par l’instauration d’un dialogue mutuel.

Concernant la question de l’économie et des emplois qui pourraient être créés ou détruits par la transition de notre modèle économique, il faut réfléchir par besoins et par secteurs : pour qu’on soit plus écologique on doit faire une reconversion dans un secteur plus vert/durable. Or les modèles plus écologique sont également créateurs d’emplois. Les secteurs verts sont des secteurs qui vont être dans les années à venir créateurs d’emplois. C’est pourquoi il faut inciter les étudiants à aller vers des secteurs qui travaillent la terre.

Sur l’habillement il s’avère indispensable de re-localiser certains segments du marché vers la France. Certes les habits français sont sur des gammes de prix globalement plus élevés, mais ce sont des produits beaucoup plus durables. Or la durabilité est un enjeu fondamental qu’il faut parvenir intégrer dans les arbitrages des consommateurs et des producteurs. Concernant l’obsolescence programmée, dans son livre « Ecosphia », B. Séné propose en outre un mélange de garantie, de financement et d’affichage du prix en fonction du coût de la machine par année et de sa durée de vie, de façon à inciter les producteurs à faire des biens de plus en plus durables.

Aujourd’hui, les autorités rencontrent des problèmes systémiques, liés principalement à l’infrastructure de l’économie : l’incitation à investir à très long terme lorsqu’on est un élu pour 5 ans n’est pas des plus fortes au niveau local, et moins encore au niveau national. Le mode de financement de l’Etat, qui est de 3/4 de prélèvements obligatoires et d’1/4 de financement par le marché obligataire a pour conséquence que les autorités publiques atteignent une limite structurelle. Lorsqu’une nouvelle obligation est émise, c’est à dire lorsqu’un titre de dette est émis, il faut des acheteurs. Or aujourd’hui les autorités doivent tenir devant les marchés financiers un discours leur assurant de la continuation de la croissance car sinon les conditions de financement par le marché obligataire seraient détériorées. Pour B. Séné, si l’on souhaite faire de la décroissance dans certains secteurs de l’économie il faut impérativement revoir le mode de financement de l’Etat.

C’est pourquoi certains économistes avancent désormais qu’il faut solliciter la BCE pour qu’elle appuie sur la BEI afin qu’elle investisse davantage dans des secteurs durables. Une grande question doit être posée dans le débat politico-économique : pourquoi créer de la monnaie ? Aujourd’hui le critère de sélection des investisseurs pour financer un projet est la rentabilité économique et financière. Une banque ne financera un projet que si sa rentabilité financière est positive. Or des projets écologiques sont parfois non-rentables, et c’est à cet instant que la collectivité doit les prendre en charge. Et c’est là qu’il faut réfléchir une nouvelle manière de créer de la monnaie.

Concernant la question des mouvements de société évoqués par Alain Perea, Bertrand Séné précise que certains économistes se sont demandés si le fait d’envoyer des signaux aux acteurs économiques, notamment aux ménages et aux firmes, leur indiquant quels comportements adopter était réellement utile. Pour eux il faut faire des propositions concrètes dans les débats de société, et évaluer la réaction du grand public à différentes propositions. Par exemple dans le domaine de la reconversion de l’agriculture, il se trouve que les agriculteurs ont investis des sommes considérables dans certaines infrastructures très coûteuses et sont désormais dans l’incapacité de se convertir au bio. En effet, ils ont des crédits à rembourser et ne pourraient pas le faire en concentrant leur production sur l’agriculture biologique. Pour B. Séné, si les autorités veulent reconvertir l’agriculture vers le bio il faut prendre en charge les dettes des agriculteurs. Voici un sujet concret sur lequel des débats de société peuvent être lancés.

Autre exemple avancé par l’économiste : lorsque les gens vivent dans une zone qui va être économiquement sinistrée, par une délocalisation ou la dévitalisation d’un bassin d’emplois, les habitants et employés ne peuvent pas revendre leur maison. Le dilemme qui se pose alors est qu’ils ne peuvent pas habiter autre part, et doivent donc soit rester chez eux et faire des trajets très longs quotidiennement, soit rester dans leur région et être au chômage. Il faudrait donc développer des crédits publics qui rachètent les maisons des employés qui souhaitent migrer vers une autre zone géographique et qui n’y parviennent pas. Cette proposition mérite d’être lancée dans le débat public, et aux décisionnaires politiques d’en observer ensuite la réception par les citoyens.

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Les notes de la réunion

Développement durable et aménagement durable

  • Mauvaise approche (prise du problème du mauvais côté) :
    > opposition économie vs. écologie
    > écologie apparaît comme un parti politique, un aspect de la question
  • Préconisations :
    > économie constitue un sujet transversal : touche tous les aspects de la société
    > constitue un art de vivre : on ne peut pas changer notre conception de la situation et notre impact écologique en faisant quelques petites actions irrégulièrement

▪ Échanges avec M. PEREA
􏰀 Il y a-t-il une prise de conscience des parlementaires ?

Oui, maintenant se pose la question de la manière d’agir
Nuance : les pvrs publics ne peuvent pas tt, c’est aussi à chacun d’agir à son échelle

􏰀 Comment peut-on modifier nos habitudes de consommation ?– Par la transmission inter-générationnelle (des valeurs, ds la famille)

– Par l’éducation

Limite : on ne peut pas laisser l’Éducation nationale tout gérer (apprendre à lire et à compter, mais aussi arts, respect d’un certain nombre de valeurs/principes, règles de vivre ensemble)

Idées : organisation de débats avec les enfants (ex : savoir si c’est important d’avoir telle ou telle marque, de consommer autant > aboutissent à une réflexion ensemble et changent d’eux-mêmes)

– Par la contrainte ( ! : A.Perea initialement contre, mais + nuancé à la suite des débats)

  • Utile : dans la mesure où les principaux polluants sont les entreprises (et non les ménages qui eux font des efforts au quotidien)
  • Méthodes douces sont davantage efficaces :- contrainte ne fonctionne pas car peu y trouvent un sens et un intérêt personnel (effet :- tendance à résister, à s’opposer à de telles mesures donc pas d’effets sur LT)prise de conscience individuelle a bcp plus d’impactsEnjeu: nécessaire accompagnement de la transition (ex : suppression des pailles en plastique -> va détruire de nombreux emplois : il faut donc trouver alternatives pour ceux qui vont perdre leur emploi)

􏰀 Comment allier les enjeux économiques et écologiques ?

Constat : si on produit moins, risque d’y avoir moins d’emplois


Réponse:

> création de nouveaux marchés (ex : bio) et de nouveaux modèles de consommation (améliorer la qualité des produits, co-voiturage…)
> re-localisation : notamment de l’industrie du textile.

􏰀 Comment donner des suites au mouvement « Youth for Climate » ?


– Jeunes doivent davantage se manifester (prise de conscience n’est sans doute pas assez importante, pas chez tous les jeuens)

– Difficile conciliations d’intérêts divergents (ex : risque de réactions de ceux qui seraient affectés par les conséquences de telles décisions)

􏰀 La France n’émet que 1% des émissions de CO2, est-il vraiment nécessaire d’agir ?

Chacun a quelque chose à faire, tout le monde doit agir à son échelle

Enjeu : ce genre d’argumentaire constitue en fait une excuse pr ne pas agir

Illustration : Image du Colibri

Constat : France n’est pas seule, Chinois commencent à agir (ex : ont construit énormément de panneaux solaires cette année)

􏰀 Comment inciter les investissements (privés et publics) vers lesGreenTech 

Moyens : marché des obligations vertes
Idées:

> création Banque européenne pr le climat (pr financer des projets verts) > investissements favorisés par BCE 


Enjeu : encore une fois, les pouvoirs publics ne peuvent pas tt, entrepreneurs doivent sauter le pas

▪ Conseils : optimisme : c’est à notre génération d’agir !