« Un pays, deux systèmes » : bientôt la fin ?

« Un pays, deux systèmes » : bientôt la fin ?

« Un pays, deux systèmes » : bientôt la fin ? 3456 4608 administrateur

Depuis la rétrocession de l’ancienne colonie britannique – Hong Kong – à Pékin en 1997, plusieurs manifestations ont rythmé le quotidien des hongkongais pour réaffirmer leur semi-autonomie. Toutefois, les dernières protestations en dates prennent une ampleur telle que les yeux de la communauté internationale sont rivés sur ce brasier.
C’est contre un projet de loi sur les extraditions vers la chine continentale, Taïwan et Macao, proposé en février, que les protestations font rage. En effet, les habitants craignent la possibilité que Pékin puisse « faire pression auprès du gouvernement de la ville pour que des citoyens de toutes nationalités soient traduits devant les tribunaux du régime chinois sous de faux prétextes » d’après le journal multilingue Epoch Times. Cela représente par conséquent « une preuve supplémentaire de l’érosion de l’autonomie de Hong Kong par Pékin » depuis la date historique du 1er juillet 1997, ainsi qu’une atteinte à son image internationale et l’attractivité de son centre financier.

LES FAITS ET LES DATES

Le projet de loi existe depuis février de cette année et les premières manifestations voient le jour dès le 31 mars 2019. Les manifestants sont à la fois des entreprises, des syndicats étudiants, des enseignants, des avocats, des journalistes, des militants, des religieux, des diplomates occidentaux, des chauffeurs de bus et des travailleurs sociaux. Ainsi, le nombre de participants à ces manifestations explose depuis cet été et cinq dates clés sont à retenir pour mieux cerner la tournure des événements.

La première est le 9 juin. Plus d’un million de jeunes hongkongais vêtus de blanc – symbole de justice et de lumière – sont descendus dans la rue pour manifester devant le conseil législatif. Plus tard le soir, le gouvernement a reconnu la manifestation et la présence de préoccupations différentes au sein de la société hongkongaise tout en réaffirmant que la date de la deuxième lecture du projet de loi serait le 12 juin. La cheffe de l’exécutif pro-pékin, Carrie Lam, « a clairement pensé qu’elle pouvait faire passer en force ce projet de loi, en ignorant le signal massif de la grande marche d’un million de personnes » fustige le journal Le Monde.

Le seconde est le 12 juin. Selon le JDD, ce « mercredi, armés de bouteilles, de briques ou de barres de fer, un noyau dur de protestataires masqués a usé de violences inédites face à des policiers qui ne sont pas non plus en reste. » En effet, selon La Dépêche, «des dizaines de milliers de personnes ont été dispersées par la police à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. »

Le bilan est de 79 blessés dont 22 policiers et de 11 arrestations faisant du 12 juin le théâtre des pires violences connues depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Toutefois, les manifestants ont obtenu de l’exécutif la suspension du projet de loi et son report au 20 juin.

La troisième est le 16 juin. Selon La Dépêche « près de deux millions de manifestants – soit un tiers de la population – vêtus de noir ont défilé dimanche à Hong Kong, selon les organisateurs, pour réclamer le retrait du projet de loi et la démission de la cheffe du gouvernement pro-Pékin, forçant cette dernière à présenter ses “excuses” pour avoir semé le trouble ». En scandant « retirez la loi maléfique! », les protestataires souhaitaient donc, non pas une suspension, mais une abrogation du projet de loi. La police quant à elle, comptait 338 000 manifestants. Carrie Lam a finalement présenté ses excuses le soir même pour avoir causé “conflit et querelles » d’après France 24.

La quatrième est le 1er juillet, soit la date du 22ème anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à Pékin. Selon France 24, « des manifestants vêtus de noirs et de casques jaunes ont brisé les portes vitrées du Conseil législatif face aux forces de l’ordre faisant usage de leurs matraques et de gaz poivre » rompant ainsi avec le caractère jusqu’ici très pacifique des manifestations. Le niveau de violence ce jour là est sans précédent et l’auteur de ces faits est une poignée de « radicaux » pro-démocratie refusant la moindre appartenance à la Chine. En effet, selon la même source, « Les activistes qui se sont introduits dans le Parlement sont peu nombreux mais sont très déterminés et organisés ». La cinquième est le 9 juillet. Carrie Lam a déclaré à cette date que le projet de loi était« mort ». Or, d’un point de vue juridique l’adjectif « mort » est peu significatif donc les contestataires exigent du gouvernement qu’il se comporte « conformément à l’Etat de droit » d’après Le Monde. Ainsi, le Front civil des droits humains (CHRF), organisateur des plus grandes marches de ces dernières semaines, rappelle ses cinq revendications, à savoir, l’abandon explicite du texte, une commission indépendante sur les violences policières lors des heurts du 12 juin, la libération sans condition des personnes arrêtées dans le cadre des manifestations d’opposition à ce projet de loi, et la démission de Carrie Lam.

LE POINT DE VUE CHINOIS

Du point de vue de la Chine, « le texte doit combler un vide juridique et empêcher que la ville ne soit un refuge pour certains criminels » selon La Croix. Ainsi, le nombre de manifestants a été minimisé et « depuis le début des manifestations de masse, Pékin bloque tout renseignement sur le sujet pour empêcher ses citoyens de découvrir le mécontentement des Hongkongais » selon Epoch Times.

Les médias étrangers oeuvrant en Chine ont aussi été soumis à la censure et « plusieurs militants chinois des droits de l’homme ont reçu la visite de la police chinoise après avoir commenté le projet de loi d’extradition sur les médias sociaux, selon un rapport de Radio Free Asia (RFA) du 24 juin »

LES ENJEUX ET PISTES DE REFLEXIONS

Le pas en arrière effectué par la suspension du projet de loi est un fait assez rare puisque rien n’a été cédé lors de la « révolution des parapluies » en 2014 au cours de laquelle les manifestants souhaitaient une véritable démocratie et l’instauration du suffrage universel.

La cheffe de l’exécutif se trouve aujourd’hui non seulement isolée mais le plus grand parti politique de Hong Kong, le DAB, (Democratic Alliance for the Betterment and Progress of Hong Kong) « a (aussi) fait savoir qu’il ne s’opposerait pas à la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, si celle-ci « retirait » le projet de loi sur l’extradition» selon RFI. Or, les élections locales se déroulent dans quelques mois à Hong Kong et, au vu des événements, les partis pro pékins risquent d’en pâtir.

A l’échelle internationale, certains pays ou régions se positionnent timidement mais se positionnent tout de même. En effet, « L’Union européenne a dit partager les “inquiétudes soulevées par les citoyens de Hong Kong” et demandé que les droits des manifestants soient « respectés » » selon La Croix. De même « La Première ministre britannique Theresa May a jugé “vital” que le projet de loi n’empiète pas sur les dispositions de l’accord ayant présidé à la rétrocession ». Enfin, « le président américain Donald Trump a espéré quant à lui que les manifestants trouveraient “une solution avec Pékin” ». A la veille du G20 – se tenant le 28 et 29 juin 2019 -, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a fait savoir que le président américain souhaitait discuter de Hong Kong lors de son entretient bilatéral avec son homologue chinois.

Ce sujet brûlant est un moyen de pression de Trump sur la Chine selon le Huffington Post. Les relations économiques entre l’île et les Etats-Unis sont très étroites et s’illustrent par « un excédent commercial de 32 milliards de dollars pour les Américains en 2017, et plus de 1300 entreprises américaines sur place, soit 18,3% des sociétés de Hong Kong ». C’est la raison pour laquelle « la Maison Blanche avait d’ailleurs menacé de supprimer ces avantages commerciaux si le projet de loi d’extradition était adopté ».

Aujourd’hui, la situation est en suspens car aucun des partis antagonistes ne semblent enclin à l’indulgence pour trouver un consensus. L’affaire des manifestations de Hong Kong 2019 est encore loin d’être close alors Décryptage Citoyen vous enjoint à y être attentif pour ne pas en perdre une miette!

 

Clara Mamode, Présidente et rédactrice chez Décryptage Citoyen Le 10/07/2019