Une tentative d’expliquer l’indifférence générale face au désastre écologique

Une tentative d’expliquer l’indifférence générale face au désastre écologique

Une tentative d’expliquer l’indifférence générale face au désastre écologique 5537 3691 Membre de GDA

La situation est mauvaise. C’est assez difficile de le nier. À part quelques pseudo « Praud »-ffesionesl irréductibles climatosceptiques, il est devenu quasiment impossible de trouver un climatologue qui n’est pas sous antidépresseur. Pourtant la majorité semble ne pas s’en inquiéter. Certes il  y a unnombre croissant de manifestations. Mais on ne ressent pas vraiment dans ces mouvements  ladétermination du survivant : celle de celui qui est prêt à tous les efforts, tous les sacrifices pourrester en vie. Les gens ne semblent pas vraiment « terrifiés » par le désastre à venir. Pourtant au-devant des prédictions cela devrait être l’attitude rationnelle à avoir.

Mais alors pourquoi ? Pourquoi, même informés des faits, les gens ne semblent pas inquiets ?

Il me semble que cette indifférence peut être expliquée par la manière dont la majorité des gensperçoivent le monde. En effet je pense que notre perception nous amène à sous-estimer et à nous désintéresser de l’enjeux climatique, contre toute rationalité.

Quelle-est la manière traditionnelle dont on perçoit le monde ?

Je m’inspire ici du travail d’Heidegger. Il y a traditionnellement 4 aspects du monde perçut par l’individu.

Il y a deux aspects à la perception du monde physique :

  • Le monde terrestre/sol/nature : tout ce qui est sur notre planète
  • Le ciel/l’espace : la parti inaccessible et infini qui se trouve au-dessus de nous

Il y a également deux aspects à la perception du monde des idées :

  • La partie scientifique : tout ce qui est rationnel et réaliste
  • La partie religieuse/spirituelle/imaginaire : tout ce qui est irrationnel ou quasiment impossible à atteindre : tous les rêve, les idéaux

Idéalement il faut :

  1. Un équilibre entre l’intérêt que l’on porte pour le ciel et celui que l’on porte pour la terre. Autrement ont fini comme Icare par se bruler les ailes ou par s’écraser sur le sol.
  2. Une nette séparation entre le scientifique et le spirituel/imaginaire. Autrement on fait de la science irrationnelle et on en vient à défendre que la terre est un plateau au centre de l’univers.

Or ces deux situations idéales ne sont pas présentes…

Le scientisme, de la science-fiction à la fiction scientifique :

Quelle-est le problème ?

Le premier problème, il me semble, est l’incapacité à percevoir la différence entre les idéesscientifique/rationnelles et les idées imaginaires/spirituelles, ou plus simplement la montée du « scientisme ». En effet de plus en plus de gens commencent à attribuer à la science des pouvoirssurnaturels, une capacité à accomplir l’irrationnel. Ainsi un journal du Monde titré il y a quelquesannées « Comment la Silicon Valley va vous rendre immortel ! ». Je suppose que l’une des raisons pour lesquelles ce phénomène se produit est que depuis que « dieu est mort » (#Nietzsche, soit depuis que la religion est décrédibilisée), les gens ont été laissés avec un certain nombre de questions et d’angoisses sans réponses. Ils espèrent donc aveuglement que la science va y répondre. Ce genrede vision est cependant extrêmement dangereuse car en considérant la science comme une religionon se met à croire qu’elle va nous apporter le salut face à tous les désastres. Ainsi, face à lacatastrophe climatique on s’attend à ce qu’un petit polytechnicien développe des super missiles àsouffre anti-réchauffement (#geoingenieurie), des supers panneaux solaires produisant plus qu’unecentrale nucléaire et des supers OGM qui peuvent pousser sur nos sols mourants.

Pourquoi la science ne pourrait pas nous sauvez ?

Il y a deux limites majeures qui empêchentnos héros en blouse blanche de garantir notre survie.

La première est tout simplement la limite des matières première. En soit la théorie scientifiquepeut mener très loin. Cependant à force de rêver et de théoriser, beaucoup ont oublié que mêmesi l’on développe une théorie parfaite, elle est tout simplement inutile si l’on ne possède pas lesmatières premières pour la mettre en pratique. Par exemple si dans trente ans l’on découvre unremède miracle contre le vieillissement, mais que, pour assembler ce remède, il nous faut l’ADNd’une espèce éteinte, cette découverte aura été inutile. Or s’il on se plait à rappelerrégulièrement que le progrès (des connaissances théoriques) scientifique croît de manièreexponentielle, on oublie souvent de mentionner que la quantité et la diversité des matièrespremières disponibles sur notre planète décroît exponentiellement (on vide nos sols, ontmassacre notre biodiversité…). Ainsi il y a certes un élargissement continu des champs duthéoriquement possible, mais il y a également, par bien des aspects un rétrécissement deschamps du concrètementpossible.

La deuxième limite de la science est liée à la structure même du système scientifique qui n’incitepas les scientifiques à chercher le salut de l’humanité. Pour comprendre cela il faut comprendre comment le système fonctionne :

Ainsi la structure même de notre système scientifique fait que la majorité des scientifiques n’ont pas d’incitation à sauver la planète (mais s’ils en ont envie !) mais simplement une incitation à crée ce qui peut plaire à une demande à court terme. Ainsi même si le progrès scientifique croît constamment, il y a peu à en espérer car il croît dans la mauvaise direction.
Certain défende que la demande est soucieuse de l’enjeux climatique et que en conséquent on a beaucoup à espérer de la “Greentech”. Néanmoins il me semble que à cause du problème d’asymétrie d’information, la demande ne fait pas la différence entre les innovations qui sont effectivement bonnes pour la planète et les innovations qui ne font qu’en donner l’impression.

Ainsi la structure même de notre système scientifique fait que la majorité des scientifiques n’ontpas d’incitation à sauver la planète (mais s’ils en ont envie !) mais simplement une incitation àcréer ce qui peut plaire à une demande à court terme. Aussi, même si le progrès scientifique croîconstamment, il y a peu à en espérer car il croît dans la mauvaise direction.

Certains défendent que la demande est soucieuse de l’enjeux climatique et qu’en conséquent on abeaucoup à espérer de la “Greentech. Néanmoins il me semble qu’à cause du problème dasymétrie d’information, la demande ne fait pas la différence entre les innovations qui sont effectivement bonnes pour la planète et les innovations qui ne font qu’en donner l’impression.

Ainsi le plus souvent le secteur privé cherche uniquement à donner une image verte à leurproduit car le marketing est moins cher que la recherche. Un bon exemple est le cas des voituresélectriques de Tesla. La plupart des gens les perçoivent comme une alternative écologique à lavoiture classique. Pourtant selon une étude des chercheurs de UCLA (2013), l’impact écologique des futurs modèles avec une autonomie de 800Km sera 2.5 supérieur à l’impact d’une voiture classique, car le processus d’extraction et d’exportation des matériaux de production est extrêmement polluant.

Qui est le coupable ?

Il me semble que l’une des raisons principales pour laquelle le scientisme s’est autant répandu est laplace dominante qu’occupe la « science-fiction » dans notre culture populaire. Je ne suis pas contre lascience-fiction en soit. Néanmoins je pense que lorsque l’ont écrit une histoire il faut faire un choix :ou bien on choisi d’être réaliste est de rester dans le domaine du crédible, ou bien on choisi et on assume d’être totalement irréaliste et on ne cherche pas à justifier certains éléments de notre histoire avec des arguments pseudo-scientifiques. Il me semble impossible et dangereux de chercherun juste milieu car que si on écrit une histoire irréaliste avec des éléments réalistes cela prête à laconfusion. Le spectateur, même inconsciemment, va avoir du mal à différencier les élémentscrédibles et les éléments irréalistes. En conséquent il va être amené à les confondre et à croire que la science peut accomplir certaines choses complètement irréalistes.

Un bon exemple est le film « Interstellar ». La première partie du film est plutôt réaliste. Elle expliquequ’à force de jouer avec la génétique de nos plantes, on risque de détruire notre agriculture, etdonc notre civilisation. Elle souligne également que même si l’on était capable de développer le voyage spatial à temps, on ne serait en mesure que de déplacer une minuscule proportion de l’humanité (3-4 personnes) et contraint d’abandonner tout le reste. Cependant lors des 15 dernièresminutes du film, on apprend qu’une scientifique est parvenu à créer, grâce à un message du futur,off-screen, un super vaisseau rotatif permettant de déplacer toute l’humanité.

Un autre exemple intéressant (parce que plus connu) de ce problème est le film « AvengersEndgame ». On peut résumer le scénario de la manière suivante (attention spoiler !). « Une catastrophe terrible est survenue et a tué la moitié de la population de l’univers. Heureusement deuxs cientifiques américains : Hank Pim et Tony Stark (qui au passage est également capable de créer une armure pouvant voyager dans l’espace) parviennent a créer, en à peu prêt 15 minutes, une machine à voyager dans le temps. Ils s’en servent donc pour retourner dans le passé et sauver tout le monde ».

Un spectateur de ces films peut en venir à la conclusion que même si tout va mal, le pouvoir de la science peux tous nous sauver.

Quelles-sont les solutions ?

Je ne pense pas que la solution de ce problème soit d’interdire la science-fiction. Je pense cependant qu’il est de la responsabilité des personnes qui produisent ce genre d’œuvre de faire un choix entre le réaliste et l’irréaliste : ou bien ils essayent de rester crédibles et à ce moment ils se doivent d’être sérieux (en prenant les conseils d’un vrai scientifique par exemple), ou bien ils font le choix de l’imaginaire et en ce cas-là ils se doivent de n’avoir aucune prétention scientifique.

Le déséquilibre physique ou le fantasme extra-terrestre :

Quel-est le problème ?

Le deuxième problème est qu’il y a un déséquilibre dans la perception que les hommes modernes ont du monde physique. Autrefois les hommes s’intéressaient autant au ciel que à la terre. Mais aujourd’hui ils perçoivent le ciel/espace comme étant beaucoup plus intéressant que la terre. Ils ne sont fascinés que par les gratte-ciels qui vont plus haut, les avions qui vont plus vite et les fusées qui vont plus loin. Ils n’ont que faire des raffinements de la nature et des richesses de l’agriculture. Ainsi, on estime des millions de fois plus la vie d’un astronaute qui va cracher plusieurs tonnes de CO2 dans l’atmosphère pour aller changer un boulon dans un satellite, plus que celle d’un agriculteur qui se bat pour nous nourrir. Cela est dramatique pour deux raisons. Déjà parce que si le peuple est plus intéressé par le progrès spatial que par la survie de la planète, le gouvernement suivra et fera plus d’effort dans la recherche spatiale. Ensuite parce que cela amène toutes les personnes brillantes de la planète (les scientifiques, artistes, philosophes…) à s’intéresser plus à l’espace qu’à la planète.

Qui est le coupable ?

Une fois de plus il me semble que la part de responsabilité des médias est considérable.Historiquement il y avait un certain équilibre entre les œuvres qui parlaient de la terre et celles quiparlaient du ciel. Mais aujourd’hui tous ne pensent qu’à faire l’apologie de la conquête spatiale. Si l’on prend 3 des plus gros blockbusters de 2019 : Avengers 4, Star Wars et The Wandering Earth (gros film chinois), on remarque qu’ils sont tous à propos de voyage spatiale. Où sont les films qui vantentles merveilles de la nature terrestre ?

Quelle-sont les solutions ?

Une fois de plus il est important de rééquilibrer nos centres d’intérêts. Il nous faut donc plusd’œuvres dans notre culture populaire qui nous rappellent l’importance et la beauté de notre nature.Il y a il me semble un peu d’espoir avec la popularité grandissante des film Post-apocalyptique/survie/zombie. En effet des séries comme The Walking Dead traitent de sujets comme l’importance de l’agriculture et l’indomptabilité de la nature. Cependant je pense qu’il y a trois choses à améliorer avec ce genre d’œuvre. Premièrement elles doivent être plus diversifiées (les filmsde zombie n’attirent qu’un certain public, plutôt jeune, et finissent par devenir un peu lassant).

Deuxièmement elles doivent être plus réalistes car le fait qu’il y ai des zombies donne toujours l’impression au public que c’est un scénario fictif qui, n’arrivera jamais. Troisièmement il ne faut pas juste que ces œuvres soulèvent des problèmes, elles doivent également proposer des solutions en expliquant, par exemple, de manière détaillée, comment on peut faire fonctionner une agriculture durable.

Pour conclure il est fondamental aujourd’hui de changer notre perception du monde. Il faut que l’onparvienne parfaitement à distinguer le scientifique de l’imaginaire sans avoir une fois aveugle dansl’un des deux. Il faut également que l’on rééquilibre nos centres d’intérêts pour qu’ils soient plusproches de la terre. Cela passe, il me semble, par une transformation totale de notre culture populaire.

François de Navacelle, étudiant à l’University of Exeter